
Horreur ou bonheur, ne jamais mourir mais par contre vieillir, c’est le thème de Les Neiges immortelles de Léa Mazé. Un rêve à la Wells ou autre, un cauchemar, à voir surtout si c’est dû à un virus rarissime et que vous faites partie d’une poignée de copains contaminés ensemble à vingt ans. Alternances de séquences couleur et noir et blanc pour dater, des destins qui se télescopent mais tous liés à vie et pour cause. Dessin caricatural poussé à l’extrême parfois ce qui donne un ton particulier. Mais tout fonctionne.

Il dort paisiblement, son chien Pie IX à ses côtés. Alexandre mène une vieillesse paisible face à Johan dont le physique a été mis à mal. Ils ont fumé un joint sur la plage à l’époque et eu une hallucination. En fait du réel qui les a infectés. 132 ans, il y avait aussi Paula, Manu, Sémi, Clara. Ils veulent en finir et seul Alexandre est valide pour les y aider. Johan lui laisse une enveloppe avec les instructions nécessaires. Une ancienne photo de leur jeunesse et un camping-car futuriste et ils kidnappent Clara coupée du monde à qui ils essayent d’expliquer que la seule solution c’est d’aller se faire congeler dans le Grand Nord. Des fossiles venus d’une époque révolue, des anachronies. Alec leur raconte ce qu’il est devenu et Manu réajuste toutes ses prothèses, bio man. Avec en prime une façon très particulière à la dosette café d’expulser ses déchets. Cigarettes et whisky, c’est la fête. Banalité des nécrologies, un détour par le resto où ils ne passent pas inaperçus. Ils devraient avoir des tuteurs pour commander leur frites. Plus de vieux dans les villes avec les villages senior mais la brigade sanitaire est intraitable. Fuite éperdue.

Les papis font de la résistance, hors des sentiers battus. Alex peut se payer un infarctus, c’est pour mieux ressusciter. Le ciel a une canopé qui fait penser à un roman de Stephen King. Et pour la vie éternelle on repassera. Le passé, ses drames, ils n’y ont pas échappé, ils s’ennuient aussi mais ils philosophent. Après tout ils ont le temps. Mais ont des comptes à régler. Surprenante cette balade très décalée mais à laquelle on croit. Mais Léa Mazé sait faire rebondir son histoire, un enfer en fait, des souffrances ces vies trop longues. Mais quel avenir pour les futures générations alors que le nombre de centenaires ne cessent d’augmenter et qu’on conditionne les enfants ? Une tragi-comédie bien menée.
Les Neiges immortelles, 192 pages, Dargaud, 27 €

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