
On a à la fois du respect pour son beau talent et de l’affection pour le personnage. On en était resté à sa reprise du scénario des Tuniques Bleues ou à Alger-Retour, Les Pieds-Noirs à la mer, à ses passages à BD Sète. Cette fois il met bas les masques. Fred Neidhardt dévoile qu’il est atteint du syndrome de l’imposteur, imposture, une sorte de Pierre Desproges revisité aux mille facettes de gai luron que rien n’arrête en particulier en se glissant incognito parmi quelques-uns des grands moments de la soupe télévisée bien franchouillarde ou autre. Autobiographie certes, dérision absolument et de l’humour toujours, on se délecte avec ses joyeuses turpitudes épiques qui piègent sans complexe tout un chacun, anonyme ou célébrité.

2003 Maison de la Radio, Fred est le modèle type de l’avare, radin qui mange aux Restos du coeur. Normal c’est gratuit. Horrible le Fred et farceur qui adore choquer en toute bonne foi. Il évite de tirer la chasse d’eau, pique le PQ aux WC. On est aux débuts de la TV trash, en un mot bien cradingue, politiquement incorrecte et ça marche. Zapping de Canal, on le reconnait dans la rue. C’est mon choix cartonne à l’époque. Son bonheur c’est la provocation et ça fait boule de neige. Sauf que des fois il y a dérapage et on ne touche pas aux vaches à lait, Le Lay. En plus il ne se fait pas payer et là finita la comedia. C’est en se baladant sur la Place de la Comédie (oui il habite Montpellier) que Fred raconte ses faits d’armes. 2005 le blog de Frantico ouvre. Mais qui est Frantico ? Un autre montpelliérain auteur de Lapinot entre autres, Lewis à l’humour rafraichissant si ce n’est glacial. Imposture en cadeau dans l’imposture, une fausse planche. Et Frantico applaudit. L’Echo des Savanes publierait bien le blog sur papier. 2006 la grippe aviaire et combinaisons étanches, il en ajoute une couche avec ses copains mais faut remettre parfois les pendules à l’heure. Direction Carnon Plage (où j’ai passé enfance et jeunesse, été les pieds dans l’eau, veinard). Un immeuble devant les villas en première ligne pour les jeunes marginaux. Il a eu du bol de ne pas faire la blagounette devant les villas des pontes de la Fac de Médecine. Rigolo. Nudistes à Paris Plage zézette à l’air.

Ardisson, Tarrin et Neidhardt continuent. Ben Laden faux complice de l’imposture. On peut en être dérangé et l’annonce de la mort d’Arthur est un moment limite. Viré des plateaux ça arrive. Reste la question mais où va-t-il chercher tout ça le roi des canulars ? On est pris au jeu et le tome 2 est sur les rails. A la fin du premier le dossier photo montre que tout ce qui est faux est vrai. Sacré Neidhardt rien ne l’arrête. Encore jouable de nos jours ? Difficile car le monde du pas une oreille dépasse (sauf celles de Trump) interdit la connerie joyeuse. Merci Fred. Et aussi pour le dessin, le découpage.
Le Syndrome de l’imposture, 128 pages, Niffle, Dupuis, 21,50 €

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