Archives : quand André Juillard évoquait les débuts de Léna

Alors que vient de sortir le dernier (et ultime ?) voyage de Léna (Léna dans le brasier) sous le crayon d’André Juillard et le stylo de Pierre Christin, en se plongeant dans les archives, on a pu retrouver trace des premières aventures de la jeune femme, devenue un peu malgré elle, et par vengeance, agent très spéciale des services action français. André Juillard, dans une interview reprise ci-dessous, analysait à ses débuts en 2006 le personnage de Léna auquel il s’était attaché. Il parle aussi d’Entracte, un superbe recueil chez Maghen. Suivi de la chronique consacrée en 2009 au second voyage de Léna. Archives J-L. TRUC.

« Je ne suis pas un grand voyageur. Ma table à dessin me manque très vite. C’est l’endroit où je me sens le mieux. » Difficile d’être plus clair. Et pourtant André Juillard vient de dessiner Le Long voyage de Léna (Dargaud), un périple étonnant, ciselé, signé Christin au scénario, spécialiste de politique internationale et père de Valérian. Pour venger la mort de son fils et de son mari dans un attentat, Léna « une bourgeoise éclairée » d’après Juillard devient une honorable correspondante des services de renseignements. Et de Berlin (où quand même Juillard est allé avec Christin en repérages) à Budapest, Kiev ou Damas Léna tisse une toile mortelle sans le savoir, une porteuse de valise en somme.

Entracte « On m’a fait remarquer que la progression narrative était particulière, l’action latente. Mais j’ai aimé faire découvrir Léna peu à peu, construire son univers. Ce n’est pas vraiment une vengeance. Léna aimerait que les terroristes soient simplement arrêtés. Elle est très réservée et a une mission difficile. Je crois que je me suis très attaché à elle », ajoute Juillard en souriant. Un aveu et une femme de plus parmi les plus belles, parmi celles que Juillard a donné à la BD. « Au départ ce voyage aurait dû être unique mais je pense qu’avec Christin nous allons offrir un avenir et d’autres escales à Léna dans un prochain album. »

André Juillard s’est piqué au jeu avec ce voyage : « Même si je préfère les histoires mouvementées comme le prochain Blake et Mortimer que j’ai commencé et qui se déroulera en Tanzanie, j’ai pris beaucoup de plaisir à la difficulté que représentait Léna par sa construction atypique. » En parallèle au Voyage de Léna, André Juillard va proposer aux Éditions Daniel Maghen Entracte (2006) préfacé par Bilal, un recueil de dessins choisis, d’esquisses, de travaux préparatoires qui sort bientôt. Sur plus de 400 pages le talent de Juillard s’expose, s’offre. Des femmes bien sûr, Ariane, Clara, Louise, Léna mais aussi New York ou les toits de Paris, Blake ou Masquerouge. Juillard n’avait que l’embarras du choix pour n’accrocher dans cette galerie qu’une infime partie mais très intime de son talent.

Léna, Tome 1, Le Long voyage de Léna, Dargaud, 15 €
Entracte, Daniel Maghen, 55 €

Entracte
Entracte

Léna et les trois femmes (2009)

Elle revient, Léna, pour un second volet sous la plume toujours captivante de Christin et le dessin si magique de Juillard. Veuve d’un diplomate assassiné, le hasard l’a fait collaborer avec les services secrets français qui ne vont plus la lâcher. Sa mission est cette fois sur le fil du rasoir. Elle doit intégrer un réseau terroriste et devenir l’instructrice de trois femmes qui vont commettre un attentat dans Paris. On suit Léna dans sa progression d’infiltration, à travers ses sentiments qui ne peuvent rester muets. Le rythme est soutenu, l’histoire construite, argumentée. André Juillard a donné à Léna sa légitimité.

Léna, Tome 2, Léna et les trois femmes, Dargaud, 15 €

Dédicace d'André Juillard et Pierre Christin