Catégories : Albums

Le Cocon, handicap et l’art pour thérapie

Ne pas fermer les yeux, savoir comprendre, aider, accepter, vivre avec la différence. C’est la clé du Cocon d’Alexandre De Moté et Natacha Sicaud. Née trisomique mais diagnostiquée tardivement Judith Scott deviendra une artiste reconnue, hors normes grâce à son talent certes mais aussi à l’aide, à l’appui sans faille de sa soeur. Un récit bouleversant et qui décline la vie d’une artiste majeure.

1 mai 1943 aux USA, Monsieur Scott est papa, enfin doublement papa, de deux jumelles. Des bébés dont l’un Judith a plus de problèmes que sa soeur, des comportements différents, aime jouer avec des fils, des rubans qu’elle assemble. Joyce sa soeur la protège d’un voisin caractériel qui la traite de malade. La vie se passe mais Joyce comprend que Judith n’est pas comme tout le monde. On est dans les années 40, la trisomie 21 n’est pas aussi détectable qu’aujourd’hui même si des traits faciaux peuvent interroger. C’est l’école et Joyce en a un peu assez que ce soit elle qui soit la nounou permanente de sa soeur. Judith se fait son propre trésor, emprunte des objets et le verdict médical tombe. Elle ne parle pas, ne sait ni lire ni écrire et un QI en chute libre. Cela va empirer avec le temps et on conseille de la placer. Un déchirement pour Joyce qui s’est jurée de protéger Judith qui hurle à tout bout de champ. Lilian la mère craque. Il trouve une aide pour s’occuper de Joyce mais Judith est déclarée déficiente mentale, internée, sous calmants en permanence pour éviter qu’elle morde ou fasse des crises de colère. Le père fait un malaise cardiaque. Un vraie torture au quotidien pour Judith dans un asile. Jusqu’en 1986 elle est enfermée. On lui arrache les dents pour qu’elle ne morde plus.

L’horreur la plus totale pour cette petite fille qui devient adulte mais qu’on décide de libérer et qui rejoint sa soeur en Californie. La suite c’est un peu la mélodie du bonheur, l’amour entre les deux soeurs. Jamais soignée, matraquée aux médicaments un médecin la prend en charge car personne n’avait fait le diagnostic de la trisomie 21. Un centre d’artistes handicapés où enfin Judith Scott devient une autre à 44 ans, créé, expose ses sculptures tridimensionnelles d’art brut, ses cocons géants. Un destin comme il y en a peu et une émotion qui submerge les pages de cet album bourré de tristesse pour ce qu’elle a vécu, d’espoir dans ces portes qui s’ouvrent pour des humains différents. Une belle leçon de vie bien dessinée sur le handicap qui peut aussi s’associer au génie. Terrifiante aussi quand on réalise ce qu’elle a subit. La préface est signée par la conservatrice du musée de l’art bruit de Lausanne.

Le Cocon, 128 pages, 128 pages, Glénat, 20 €

Partager

Articles récents

Je suis la dernière elfe, l’éternité, c’est long

Oreilles pointues et millénaire avec un look de gamine, la dernière elfe en a ras…

26 mai 2026

Pump T2, tourtereaux machiavéliques

Dans le tome 1, il a fait son trou Eddie dans un patelin qui ne…

26 mai 2026

Manga Le retour de Usamaru Furuya chez Kitsuné

Troublant, fascinant, impossible à lâcher, Usamaru Furuya l’auteur du manga Litchi Hikari Club revient avec une…

25 mai 2026

Cometa prix de la ville de Sérignan et un festival 2026 qui a fait le plein

Et voilà un Festival de Sérignan de plus avec la foule des grands jours, un…

25 mai 2026

Ralph Meyer expose chez Maghen du 27 mai au 20 juin 2026 à Paris

Avec le printemps, l'été qui approche les expositions BD se multiplient. C'est au tour d'un…

24 mai 2026

Un Espoir sans papier, le cauchemar d’une vie

Une rencontre à la fois improbable et qui pourtant s'appuie sur une actualité désormais bien…

24 mai 2026