Interview : Jordi Lafebre et de Beaux Étés tendres et enchantés

Jordi Lafebre signe avec Zidrou au scénario Les Beaux Étés (Dargaud). Après La Mondaine, le duo est revenu à une ambiance plus détendue, celle des albums de vacances d’une famille belge et leurs enfants dans les années 70. Jordi Lafebre avait le crayon enchanté qu’il fallait pour ces balades tendres mais aussi aussi parfois légèrement amères, comme la vie. Jordi Lafebre était à Montpellier en dédicace à la libraire Azimuts où ligneclaire.info l’a rencontré. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.

Jordi Lafebre
Jordi Lafebre à Montpellier. JLT ®

Jordi Lafebre, comment s’est mise en place cette nouvelle aventure avec Zidrou ?

On voulait revenir après La Mondaine à la lumière, à une ambiance sympa, légère mais pas idiote. Oui, on souhaitait faire un album lumineux.

Quel a été le processus de création ?

On a passé trois jours ensemble chez Zidrou dans le sud de l’Espagne, véritablement en transe. On a exploité plein de pistes. Sans vraiment choisir un genre ni tomber dans le commercial. Je lui ai demandé « mais que veux-tu faire ? » Il m’a répondu un pique-nique. D’où l’idée finale de raconter des vacances, celle d’une famille, toujours la même.

Donc, Les Beaux Étés c’est une une sorte de saga familiale ?

Effectivement. Le premier tome se passe en 1973 dans l’Ardèche où cette famille belge et ses enfants partent en vacances. Le tome 2 qui paraîtra en juin 2016 se déroulera en 1969 dans les Calanques près de Marseille. Et il y a Tchouki bien sûr, la part de rêve de toute la famille.

Il n’y a pas d’ordre chronologique ?

Jordi Lafebre
Jordi Lafebre en dédicace chez Azimuts. JLT ®

Non, volontairement. Une fois ils sont plus âgés, une autre plus jeunes. Cela permet d’ouvrir le récit, comme quand on feuillette dans le désordre des albums de photos familiaux. Cela dit ce n’est pas évident au dessin de rajeunir des personnages. Il faut garder la cohérence.

Vous savez combien d’albums feront ces Beaux Étés ?

Non. On verra. Le second est en marche. J’en suis au tiers. Il nous fallait d’abord bien installer les personnages. Dans le second, 1969 est une année charnière, l’homme se pose sur la Lune. Pour le trois, à suivre.

Vous jouez avec vos personnages sur le scénario de Zidrou ?

Le dessinateur est un peu comme un réalisateur de cinéma avec ses acteurs. Il faut en comprendre les sentiments, les exprimer. Savoir ce qui se cache derrière. Et ne jamais être caricatural.

Votre dessin évite ce piège tout en gardant sensualité, expression et réalisme. Comment se fait l’échange avec Zidrou quand le scénario est lancé ?

Il y a un petit côté cartoon mais en plus réaliste dans mon dessin. Dans La Mondaine je devais absolument être crédible. J’ai eu plus de souplesse dans Les Beaux Étés. Pour la trame j’ai une confiance totale en Zidrou. On sent que le concept des Beaux Étés est sérieux. Il me fournit le scénario complet. Une règle pour moi car j’ai besoin de tout lire. On peut rediscuter aussi de détails. Je lui montre les planches. On a mis un an pour Les Beaux Étés.

Les Beaux ÉtésVotre façon de travailler ?

Classique, à l’ancienne avec encrage. On revient aux années 60-70, à l’essentiel, loin de l’Iphone ou de la tablette. On revient au matériel. J’ai besoin d’avoir ce rapport avec le papier, le crayon, le dessin. Je peux sur ordinateur faire une 3D pour une voiture comme la 4L mais je la dessine ensuite et ma couverture est à l’acrylique.

Comment en êtes-vous arrivé à la BD franco-belge ?

A Barcelone j’ai cherché un scénariste. J’ai fait des petits travaux, des illustrations, des histoires courtes mais le marché espagnol est compliqué. On lit des romans graphiques, du comics. Il fallait que je fasse des planches, que je dessine beaucoup. L’expérience est indispensable. Elle permet de progresser. On apprend. Jeune, je lisais Astérix, Gaston et je copiais le dessin. Mon père lisait Superman et en fait tout s’est mélangé dans ma tête. Dans les années 90, c’est l’explosion manga. Je regardais des Disney, des dessins animés japonais. Le rythme de la narration du manga m’a intéressé. Mais je suis naturellement arrivé à la BD franco-belge.

D’autres travaux en instance ?

Pas pour l’instant. Je dois garder un bon rythme, bien travailler, ne pas faire un album bâclé. Cela se voit. J’ai envie de faire un jour un album jeunesse, un truc un peu fou. J’ai aussi un projet d’écriture, de scénario dont je pourrais faire le dessin. J’ai envie de de BD plus gestuelle, de slapstick, de comédie plus gestuelle, de retour à la terre. Et je lis beaucoup. Le roman m’inspire autant que le cinéma.

Dédicace de Jordi Lafebre
Jordi Lafebre pour Ligne Claire, le papa des Beaux Étés ®
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