Depuis 2023 Dargaud consacre une collection aux romans noirs de Simenon. Simenon ce n’est pas que Maigret, heureusement. Simenon manipule, en douceur sans tomber dans la violence en première ligne ce qui est encore la cas de La Maison du canal où le cadavre fera partie du dessert et ne sera pas servi en entrée. Avec cette nouvelle adaptation de José-Louis Bocquet et Edith que l’on retrouve avec plaisir au dessin, on est dans de la chronique sociale à la limite de l’ethnologie en Belgique dans les années 30. Une campagne pas des plus joyeuses où pourtant les passions vont se déchaîner. Pas si simple cette montée en puissance dramatique dictée par Simenon qui s’appuie sur des rebondissements et des sentiments exacerbés.

Edmée à la mort de son père à 16 ans va habiter chez des cousins. Elle est jolie, quitte Bruxelles et débarque dans une ferme en Flandre à Maeseyck. Grisaille et accueil par Jef son cousin. La famille hormis lui et son frère ne parle pas français. En prime le père de Jef vient de mourir. Chaude ambiance mais Edmée n’avait pas connu vivant son oncle. Fred l’ainé est là. Il a 21 ans , Jef 19. Plus trois soeurs. La mère d’Edmée était morte à sa naissance. Funérailles avec l’oncle Louis le fabricant de cigares et réception chez les cousins. Fred fait visiter le coin à Edmée. La ferme, le domaine des irrigations est énorme. Edmée a pris avec elle des objets familiaux qu’elle souhaite garder et qui enchante la famille. Fred est dur avec sa femme Mia. Edmée a du mal à trouver sa place et voudrait être médecin comme son père. Jef tue des écureuils ce qui dégoûte Edmée. Elle demande à Jef des peaux pour se faire un manteau.

On se demande assez vite si Edmée est aussi déjantée que ses cousins ou si elle a compris que pour survivre, voire prendre la main elle ne doit pas les manipuler. Fred est un dragueur mine de rien. L’hiver est là, pas un rayon de soleil ce qui accentue le côté pesant de l’ambiance générale. La tension monte et Edmée va se servir de son pouvoir de séduction pour monter les frères l’un contre l’autre. Mais pour en arriver où ? Simenon a un sens inné du suspense et cache son jeu. Edith a le trait parfait pour coller à un texte qui embarque le lecteur dans un monde à la fois très humain mais pesant. Un dessin sobre, sans détours et Bocquet qui assure la qualité de cette adaptation délicate.
Simenon, la Maison du canal, 96 pages, Dargaud, 22,95 €

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