De Cati Baur on avait beaucoup aimé le récent Marcie la privée invisible. Et Pisse-Mémé bien sûr. On ne va pas rabâcher qu’elle a un beau talent et que cette fois avec La Gosse elle a su parfaitement mettre en images d’après le roman de Nadian Daam les tribulations de tout ordre entre une mère et sa fille, de l’impact d’un décès, de la naissance au lâcher en solo passé les 18 ans frontière entre adolescence travaillée et âge adulte bien trop tôt là. Un duo sans père mais une vraie relation, parfois angoissée, heureuse et bourrée d’amour, très bien écrite et si on a eu en prime deux filles. On se retrouve dans un retour vers le futur.

Un deuil sous une tente improvisée au dessus du canapé du salon, deux semaines que le père de la gosse, surnom d’origine maternelle, est mort. Cela dit les ponts étaient rompus pour cause diverses dont l’alcool et un amour perdu. On commandes des nachos et la maman croule sous le messages de condoléances. La gosse qui a 11 ans se tait. Son père est mort le 1er avril, son dernier pied de nez. Une balade en bateau avec la copine Loulou et le lendemain la mère doit retourner au boulot. La tente ne bouge pas et on parle beauté des enfants. La gosse a été un beau bébé et est jolie ado, regard suspicieux sur le maquillage, les fringues, baby doll. Jeune la maman était intériorisée et avait validé le concept de la femme-enfant. Flash-back sur sa propre adolescente, pièce de théâtre où pas doué et un peu enveloppé elle sera une fée bucheron. Alors que fée Clochette c’est le rêve. Une maman écrivain, qui est bloquée devant sa fille aspirée par un escalator dans lequel s’est pris son écharpe. mauvaise mère mais surtout qui ne sert à rien. Petit c’est facile un gamin. Quand les années passent tout se complique. Adolescence tourmentée. Et impuissance totale. Comment elle est arrivée au monde la gosse ? Un verre de trop et un géniteur imbibé, une mère solitaire, pas des débuts parfaits mais bon on ne choisit pas.

Quel amour dans ce bouquin, quelle tendresse et quelle émotion. Au point de se dire qu’on n’a pas non plus été un enfant parfait, qu’on aurait dû dire plus souvent je t’aime à des parents qui par essence ont fait l’impossible tout en faisant face à nos fredaines parfois pas nettes, égoïstes. C’est un peu ça La Gosse que l’on dévore et où Cati Baur décline, liste et traduit radotage, odeur de javel, refaire sa vie. Tout sacrifier sur l’hôtel de sa progéniture ? Pa sûr. Un bouquin à offrir à des futurs parents, sans vouloir les démoraliser. Deux femmes qui vont prendre soin l’une de l’autre, à vie. Valable aussi pour un fils et son père. Génial.
La Gosse, 136 pages, Rue de Sèvres, 20 €

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