Autant dire que peu nombreux sont ceux qui se souviennent en détail de la décolonisation du Congo belge. On est en 1960 et l’actualité brûlante c’est la guerre en Algérie, la France prise au piège d’un conflit qu’elle n’aura pas su ni gérer ni anticiper. Au Congo les Belges aimeraient éviter. Patrice Lumumba va être le leader de cette fin de règne mais le Congo belge a aussi dans son territoire le Katanga, province la plus riche qui va faire sécession avec Tshombe au commandes. Autant dire que tous les coups vont être permis en ce début des années soixante sous couvert de l’ONU pas très claire dans le contexte. La Dent de Nicolas Pitz au scénario (Jusqu’ici tout va bien) et Pierre Lecrenier (L’Orangeraie) au dessin raconte le destin tragique de Lumumba premier premier ministre du Congo indépendant.

Celui qui raconte, ouvre le bal est un Belge qui montre une dent. Elle aurait appartenu à Patrice Lumumba dont il aurait fait disparaître le corps. Lumumba est un des rares noirs qui a réussi à s’émanciper, travailler pour des blancs congolais. Mais la ségrégation raciale est stricte au Congo belge. Il est un évolué diplômé que l’on respecte, blanc compris. C’est un intellectuel qui travaille désormais avec les blancs. Il a une carte spéciale peu accordée qui le protège. Un Français débarque dans son bureau, un journaliste, Lumumba le reçoit chez lui et lui décrit les distinctions entre non-indigènes et non indigènes. Complexe d’autant qu’il y a des ethnies. Lumumba est influent au bureau de l’association des travailleurs. Le journaliste fait une étude sur les évolués et ils partent dans la brousse. Lumumba sert de guide. Le gouverneur belge explique à Lumumba ce que le royaume va faite pour son pays. Mais ses rapports sont passés à la trappe. Il est pour une action sociale pacifique et on lui propose de rencontrer le roi Baudoin qui est pour un Congo où tous vivent fraternellement. Il est arrêté au retour, condamné à deux ans de prison en 1956 pour avoir détourné de l’argent pour payer son voyage. Le gouverneur le fait libérer au bout d’un an. Il veut parler d’indépendance et les Belges ont compris que la fête est finie. Il faut quelqu’un pour négocier. Autant que ce soit Lumumba. Le mouvement national congolais a pour but la libération du peuple du régime colonialiste qu’il faut détruire. Et là cela se gâte.

Léopoldville janvier 1960, des morts et des manifestations. Lumumba est libéré, la suite c’est l’indépendance le 30 juin 1960. Kasa-Vubu président, Tshombé qui veut le Katanga et déclare son indépendance avec l’aide des belges qui en récupéreront les richesses, Lumumba premier ministre, Mobutu ensuite, l’aide très partiale de l’ONU, la guerre, tout va mal tourner. Il gène en particulier Tshombé qui participera à sa mort et il faudra faire disparaître toutes traces de Lumumba. Un corps découpé en morceaux, il ne reste que deux dents gardées en souvenir par un ,policier belge. Une des pages les plus dramatiques de l’histoire mouvementée de l’Afrique dont on ressent dans cet album sur un dessin à la fois léger, et fort, très descriptif la trahison des nations européennes qui veulent récupérer leur billes en sous main. Une tragédie en fait très shakespearienne..
La Dent, 144 pages, Glénat, 23 €

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