Fukushima, un drame qui n’en finit pas

C’est la plus importante, terrifiante catastrophe de centrale nucléaire à ce jour. Même si on se souvient de celle de Three Mile Island, des images de panique à l’époque, de celle de Tchernobyl transformé en sarcophage dont le nuage s’était miraculeusement arrêté à nos frontières, Fukushima, il y a dix ans, a dépassé de loin ces avertissements mortels. Le Japon aura été le lieu choisi par l’atome pour y faire une récidive alors qu’il l’avait déjà frappé en 1945 et cela à des fins militaires. Un homme à Fukushima a combattu vaillamment, au prix plus tard de sa vie, l’impensable mais pourtant vrai qui peut recommencer à tout moment dans l’une des trop nombreuses centrales qui parsèment la planète. Masao Yoshida dirigeait Fukushima Daiichi. Il évitera le pire mais à quel prix, face à un gouvernement japonais qui se croit encore sous les ordres du Mikado, à un géant de l’électricité sans vergogne mais avec l’aide de Japonais dont le sens du sacrifice est ancestral. Cinq jours d’enfer, c’est ce raconte dans le moindre détail, avec un talent et une authenticité glaçante, Bertrand Galic (Violette Morris) et Roger Vidal. Alors que tout est vrai dans ce récit, on se croirait dans un film catastrophe de la grande époque. Réalité et fiction, unis pour le pire.

Fukushima

En juillet 2011 à la préfecture de Fukushima, Masao Yoshida témoigne devant une commission d’enquête. Jamais le monde n’avait vécu une catastrophe comme celle de la centrale de Fukushima. Tout a commencé par un séisme. Le personnel se regroupe dans le bâtiment antisismique. La centrale ne reçoit plus d’électricité de l’extérieur. Trois réacteurs se sont arrêtés. Les générateurs de secours interviennent.Il faut absolument continuer à refroidir les réacteurs. La centrale appartient à Tepco, une société japonaise connue pour sa fermeté dirigiste. Le Japon a été frappé par un séisme de force 9. C’est le chaos et un tsunami approche. Fukushima est censé être protégée par des digues. Les générateurs tombent en panne et tout le site est inondé. Les digues sont submergées. Désormais le pire peut arriver, les réacteurs exploser.

Fukushima

Ce qui se lit comme un thriller angoissant est le résultat, on le comprend au fil des pages, du déphasage entre les gens de terrain dont le directeur, et des technocrates sûrs d’eux-mêmes bien loin du drame. Si on y ajoute des erreurs de conception, un Premier Ministre japonais qui vient faire de la figuration et tape comme un idiot sur la table, tout ce qu’a fait aussi bien Yoshida que ses collaborateurs relève non seulement du miracle mais aussi d’une rare compétence professionnelle et d’un courage exemplaire. Ne pas oublier non plus que l’on est au Japon avec une conception de la hiérarchie qui nous échappe. Bertrand Galic a creusé son sujet, le rend très proche du lecteur qui ne peut que se glisser parmi les condamnés de la centrale, ressentir leur désarroi, leur peur. Cinq jours où tout peut arriver, arrive. Un huis-clos tragique qui soyons franc n’a pas vraiment servi de leçon hormis au Japon qui va balayer devant ses centrales. En France on ferme Fessenheim mais imagine-t-on un instant que Le Tricastin ou Golfech explosent ? En 2022 l’Allemagne devrait avoir fermé toutes ses centrales. Alors Fukushima aurait-t-il finalement été le déclic salvateur ? Il faut lire cet excellent album que Roger Vidal, auteur dessinateur plus que prometteur rend encore plus percutant et impressionnant.

Fukushima, Chronique d’un accident sans fin, Glénat, 18,50 €