Algériennes, 1954-1962, un hommage à des femmes oubliées

Il nous en avait parlé il y a deux ans au festival de Sainte-Enimie où il avait été primé pour Love Story à l’iranienne. Deloupy avait évoqué un projet sur l’Algérie, sans plus. Avec Swann Meralli, Deloupy vient de publier Algériennes, 1954-1962. Les dates sont révélatrices. Quel a été le rôle des femmes dans la lutte pour l’indépendance dans une guerre que l’on a qualifiée longtemps d’évènements et à laquelle ont participé 1 300 000 appelés du contingent. Tout part, dans ce récit qui mélange avec perfection fiction et réalité des faits, de ces jeunes Français qui ont débarqué un beau jour dans un pays dont on disait que c’était aussi la France pour se battre alors qu’il ne connaissait rien du conflit ni de la population. 13 000 ont été tués. En mettant sur la piste des femmes algériennes combattantes, absentes de l’histoire de l’Algérie indépendante masculinisée, une française, les auteurs ont fait un choix judicieux, humain. Tout dans cette histoire se met en place au fur et à mesure, tel un puzzle qui doit amener vers un constat et si possible la vérité.

AlgériennesUn enfant d’appelé, Béatrice découvre le terme et donc que son père a fait la guerre en Algérie. Il ne lui en a jamais parlé. Sa mère l’avait rejoint à Alger en 1956 et avait failli mourir dans un attentat, une bombe. Elle donne à sa fille le nom de son amie Saida, algérienne qui a quitté son village enfant alors que son père avait rejoint le maquis mais a pu voir une combattante du FLN se réfugier chez elle. Saida arrivera en France avec d’autres familles de harkis, cantonnés dans des camps de toiles et n’a qu’un souhait, savoir ce qu’est devenu sa maison en Algérie. Béatrice décide de partir et de retourner sur les traces de son père et des femmes algériennes combattantes. Au Mémorial du martyr à Alger elle en rencontre une qui lui dit que l’indépendance a été volée aux femmes par les hommes du FLN. Djamila va lui raconter son enfance faite de racisme puis son adolescence. Son père a été arrêté pour avoir rejoint le FLN. Elle réussit à le retrouver prisonnier et torturé à la villa Sésini (appelée aussi à tort Susini par les anciens d’Algérie). Djamila participe à des attentats et rejoint le maquis. Elle est confrontée à l’horreur de la répression qui n’épargne pas, au contraire, les femmes dans une guerre où chaque camp n’a plus de limites.

Dire que le sujet n’est pas facile est une évidence à plus d’un titre. Meralli et Deloupy n’évitent aucun non-dit. Tensions et guerre interne au sein des différentes factions de l’armée de libération, torture et viols, exécutions sommaires par les soldats français, mépris des femmes combattantes, mémoire oubliée des appelés qui ne parleront que beaucoup plus tard et pas tous, attentats comme à l’Otomatic, les Pieds-noirs, l’OAS, le sujet est vaste. Il faut reconnaître à Deloupy et à Méralli d’avoir su le synthétiser, parfois avec difficultés mais pour un résultat sans ambiguïté. Des destins se croisent. Il le fallait pour conserver un fil rouge conducteur au douloureux parcours de mémoire de Béatrice.

Algériennes, 1954-1962, MARAbulles Marabout, 17,95 €

1954-1962