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La Perle, Cornette adopte Steinbeck pour son retour au dessin

Pour son retour au dessin et après le très beau Un Million d’éléphants, Jean-Luc Cornette a adapté un court roman de John Steinbeck. La Perle n’a pas la notoriété de deux des classiques de l’auteur américain, Des Souris et des hommes et Les Raisins de la colère. Dans cette aventure au ton de fable, Steinbeck amène ses personnages à un niveau de tension ultime, les projette dans des dilemmes vitaux où leurs choix seront sans retour. Curieusement on pense plus à Hemingway qu’à Steinbeck dans le traitement que Cornette en a fait graphiquement. Peut-être parce que la mer était un univers plus familier à l’auteur de l’Adieu aux armes qu’à celui d’À l’est d’Eden. Même si l’océan ne le laissait pas indifférent, s’intéressant de près aux débuts de l’écologie marine. Un conte traditionnel mexicain, la pauvreté, l’exploitation, et une tension qui augmente au fil de l’action.

Un pécheur, Kino, sa femme et leur jeune fils, Coyotito, vivent au bord de l’océan dans des conditions précaires. L’enfant est piqué par un scorpion. Ses parent l’emmènent au village chez le docteur qui ne les reçoit pas, méprisant et les sachant pauvres. Kino décide de plonger pêcher des perles qu’il pourra vendre et acheter des médicaments. Il en trouve une, énorme, la perle du monde. Tous les espoirs sont permis à Kino et à sa famille, persuadé que la perle vaut une fortune. Il fera soigner son fils, se mariera, achètera un fusil. Il devient un homme très sollicité, par le prêtre et le médecin qui vient chez lui. Il prétend que Coyotito risque encore sa vie et lui fait avaler une gélule; En réalité il l’empoisonne pour mieux faire croire qu’il va le soigner. Kino a désormais peur qu’on lui vole sa perle.

Le drame se noue en quelques pages. La perle devient une malédiction mais Kino s’obstine. Il y a évidemment une sorte de morale dans le texte de Steinbeck. Cornette a le trait qu’il fallait pour rendre la force du récit tout en étant avare volontairement de texte dans ses bulles. Des angles, des brisures pour mieux marquer la violence des faits, physiques, sociaux. Une lutte solitaire pour ce trio qui a cru à sa bonne étoile, au moins pour Kino. Et un cauchemar à l’arrivée. Ce sont les autres qui vont pousser Kino à tuer pour survivre. Un album très fort, intelligent et réussi.

La Perle, Futuropolis, 20 €

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