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Monsieur le Commandant, salaud et lâche

C’est en fait la période la plus noire de notre Histoire dans laquelle se situe Monsieur le Commandant. L’Occupation, 1942, un grand écrivain va se comporter comme un salaud et qui plus est sûr de son bon droit, prêt à tout. Mais qui est ce Paul-Jean Husson double académicien dont Romain Slocombe a écrit le roman adapté par Xavier Bétaucourt et Étienne Oburie (L’Assassin des petits carreaux) au dessin ? Un amoureux transi d’une jeune femme qui n’est autre que sa belle-fille, juive. Un cas d’école ce Husson mais qui se coule parfaitement dans le moule d’un temps dont on ferait bien de se souvenir, au cas où. Une violence rare.

Leipzig en 1945, un soldat canadien tombe dans des archives nazies sur une lettre qu’un certain Husson a écrite à la Gestapo. Une longue confession en quelque sorte qui commence par une plainte de Husson car des policiers français à la solde des nazis le rançonne, c’est le début de la fin. Puis il revient sur sa vie depuis 1932 quand son fils Olivier lui présente et à sa sœur Jeanne, Ilse, sa fiancée allemande. Husson, héros de la Grande Guerre et amputé d’un bras, est un romancier à succès qui admire Hitler, le dit à Ilse pianiste qu’Olivier a rencontré à Berlin. Ils se marient et très vite Husson tombe amoureux d’Ilse, aurait voulu être le père de l’enfant qu’elle porte. Ce sera Hermione une fille. Avec ses amis Husson veut se débarrasser des communistes, fermer les frontières mais sa fille Jeanne se noie alors qu’elle était en barque avec Ilse et Hermione. Un coup fatal pour Hussson et sa femme Marguerite.

On dira que c’est le cadre général et que la confession de Husson demande de respecter évidemment un suspense car il va mettre le paquet Paul-Jean. Il a de la suite dans les idées et son antisémitisme chronique va faire un drôle de couple sous Pétain avec sa belle-fille juive dont il est fou. Exode en uniforme, mari prisonnier et ensuite fils Français Libre, on en passe car Ilse a elle aussi un passé qui va la suivre. Cerise sur la gâteau Husson écrit dans les journaux collabos, copine avec les SS. Tout dans le roman et dans la BD pousse à finalement le rendre très crédible. Husson est assez proche de certains écrivains qui à la Libération s’en sont sortis malgré tout hormis un Drieu. Par copinage. Une lettre qui dénonce pour détruire, papier hier et réseaux sociaux aujourd’hui. Une leçon à méditer cet album car l’abjection n’a pas d’époque favorite.

Monsieur le Commandant, Philéas, 17,90 €

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