Melvile, des Chroniques à Ruth Jacob

Deux gros pavés sans que pour autant cela ait quoi que ce soit de critique, mais Chroniques de Melvile et Melvile sont à mettre au rayon des albums de référence à tout niveau. Si on compte bien, il y a trois tomes (on avait déjà traité les deux précédents) dont le dernier L’Histoire de Ruth Jacob et un one-shot avec les Chroniques. Romain Renard a mis en scène une petite ville bien tranquille, dans une forêt qui fleure bon où la fermeture des scieries Tréjean va redistribuer les cartes. On y ajoute que la famille Tréjean possédait à peu près toute la ville, la mairie en prime quand boum il va y avoir un accident hors normes. Et on va vite tomber dans une ambiance que n’aurait pas renié Délivrance. Un thriller qui se remet en cause au fil des pages appuyées un dessin éclatant de puissance et d’évocation.

Les Chroniques de Melvile d’après Thomas Beauclair, journaliste local, les a écrites mais ce sont souvent des témoignages des habitants. Une sorte de (grosse) notice touristique et historique pour un paradis où ils n’étaient pas seuls, occupé bien avant qu’ils ne débarquent. On se retrouve en 1946 avec l’arrivée à Melvile de Beauclair qui deux ans après va enquêter sur la mort à la chasse de Emmanuel Tréjean, le boss du coin. Les chroniques vont commencer par celle de Beauclair qui finalement se demande si on sait ailleurs que Melvile existe. Au fait, pour bien apprécier ces chroniques il faut écouter les chansons qui les émaillent sur melvile.com. La saga des Tréjean, un déguisement de cerf , un tir mortel. Il y aura ensuite la disparition de Ruth dans les chroniques, la mariée envoyée ou les filles de Jade, la grange Lemaire. Des pages en flou artistique, aux teintes sombres, dominées par le noir et le blanc, le drame qui se cache, explose. Des nouvelles qui font frémir, la saga des Tréjean, Melvile est dangereuse, Beauclair le sait. Mais que deviendra-t-elle ? Un thriller des plus angoissants.

Chroniques de Melvile, Le Lombard, 22,50 €

Avec Melvile, l’histoire de Ruth Jacob, on est toujours dans ces chroniques comme déjà avec Samuel Beauclair ou Saul Miller. Romain Renard se coule dans un contexte très fermé, celui de Beauclair, narrateur privilégié. Melvile va disparaître bientôt sous les eaux d’un lac artificiel. Paul Rivest y revient pour vider la maison de sa grand-mère. En 1987, le drame les a tués et Rivest découvre qu’il est aussi propriétaire de l’ancienne scierie. Sa grand-mère en aurait hérité. Jeune il a découvert Ruth Jacob la fille du pasteur. Avec son copain, ils sont ados avec Thomas à l’époque et vont jouer une pièce de théâtre sur la famille Tréjean et il y avait la très jolie Ruth. Paul en tombe amoureux. Avec Thomas et Ruth ils forment un trio inséparable. Ce qui déplait à sa grand-mère mais pourquoi ? Peu à peu tout va se découvrir, se remettre en place. On a su mal à lâcher prise, à ne pas d’une traite découvrir ce qui est arrivé à Ruth et Paul. On est dans un drame très localement inspiré d’ambiances américaines. Le mystère plane mais c’est Paul qui en détient les clés douloureuses.

Melvile, Tome 3, L’histoire de Ruth Jacob, Le Lombard, 22,50 €

Melvile

Deux albums qui bien sûr se complètent, s’ajoutent aux autres. Poésie, celle de la jeunesse perdue, réalisme d’une ville fantôme et drame de la folie, Melvile a des histoires à raconter, ses morts surtout. Et Romain Renard sait les transcrire.

Chroniques de Melvile

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