Barrio Negro, le bonheur au bout d’un chemin colonial cabossé avec Simenon

Un Simenon dur et exotique qui rappellera un peu le film Coup de Torchon avec l’excellent Philippe Noiret. Barrio Negro change de continent, Simenon est allé faire un tour au Panama avec un couple bien propre sur lui qui va se faire arnaquer et déparer. Mais qu’on se rassure cette aventure sous les Tropiques certes est dramatique mais verra la morale sauve. Dans la très puissante collection Simenon, José-Louis Bocquet qui a déjà signé trois autres titres Simenon est au scénario et Javi Rey au dessin ont adapté avec talent, un sens inné de la mise en scène, des reconstitutions minutieuses ce roman assez inclassable dans l’oeuvre de Simenon.

Ils se marient, Germaine et Joseph ont un brillant avenir devant eux même si leurs parents ont des craintes. On aurait préféré que Joseph soit fonctionnaire. Ingénieur on lui propose un poste en Equateur, un peu le bout du monde. Il sera directeur de la société anonymes des mines de l’Equateur. A Paris ils rencontrent Grenier administrateur des mines. Celui qu’il doit remplacer boit et a épousé une Indienne. Grenier avance 10.000 Francs à Joseph alors qu’il lui en avait promis 50.000.  Il aura des lettres de crédit payables à Panama et Guayaquil. Ils ont en ces années 30, quinze jours de croisières de luxe devant eux. Des escales, des ambiances coloniales où les Noirs sont nombreux venus creuser le canal de Panama. Une passagère met en garde la jeune Germaine. On prend rapidement de mauvaises habitudes, les femmes indigènes, l’alcool; les cartes. Bel hôtel et attente du bateau pour Guayaquil. Plus beaucoup d’argent pour le couple mais à la banque on ne lui paye pas ses lettres de crédit. Il faut aller à Panama City où on lui apprend que la société des mines de l’Equateur sont en faillite. Et c’est le début des ennuis, des rencontres louches, de l’apéritif à rallonge avec les Français du coin. On lui présente deux Corses, les frères Monti. Quand il rentre il est saoul et sa femme le repousse. Réponse négative de Grenier à Paris. Les Monti pourrait l’aider à trouver un travail. Dans le Barrio Negro peut-être. Un hôtel pourri alors que Germaine reste dans un autre hôtel plus chic pour travailler.

Et si la déchéance involontaire d’un homme allait en faire un brave type capable d’aimer envers et contre tout ? Dans cet environnement colonial le couple va se désintégrer mais qui est la vraie coupable ? La colonie française est semblables aux autres, Indochine, Afrique Noire ou du Nord. Il y aura Véronique qui vient de Martinique. Joseph est le pigeon rêvé, son épouse prête à tout. Des truands, des margoulins, Joseph est au bord du gouffre mais où est sa liberté ? Javi Rey a accompli un travail remarquable au dessin, on ressent toute la puissance méprisante coloniale, le récit est à la hauteur évidemment du roman de Simenon. Deux personnages en quête d’une vie qu’ils croyaient pouvoir ensemble et qui va les séparer tout en les faisant renaître.

 

 

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