Une collection toute neuve, Aire Noire chez Dupuis qui voulait se démarquer d’Aire Libre. Doug Headline en est le co-directeur avec Olivier Jalabert. Parker a ouvert le bal et repris du service avec Kieran au dessin et Doug au scénario, un héros de Donald E. Westlake. Mais comme le dit Doug Headline dans une interview réalisée par ligneclaire.info à la dernière Foire du Livre, les albums Aire Noire ce sont des scénarios ciselés, d’une belle tenue égale aux meilleurs romans sans sur-production. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.

Doug Headline, comment est née Aire Noire chez Dupuis ?
L’idée d’Aire Noire a surgit quand Stéphane Beaujan est arrivé chez Dupuis en 2020. On s’est dit qu’on allait avoir Contrapaso un bouquin formidable et qu’on ne savait pas où le mettre. On a eu un débat pour savoir si c’était un Aire Libre ou pas. On avait envie de revaloriser Dupuis sur la gamme ado-adulte, roman graphique. On l’a pris sous label Dupuis mais pas dans Aire Libre en trois volets. On s’est demandé si le simple label Dupuis n’allait pas bloquer des lecteurs. Il nous manquait quelque chose. Stéphane voulait que Parker soit le premier titre de la collection. En réalité on a signé le contrat avec les héritiers de Westlake en 2021. Après la sortie chez Dargaud. Personne n’avait demandé à Abbie Westlake de pouvoir adapter à nouveau Parker. Depuis 2013. J’ai montré des essais de dessinateurs dont Kieran. J’avais des pages d’Iglesias. Elle a dit OK.

Parker a été le déclencheur ?
Oui tout à fait. On a eu Parker, on s’est dit que les Cabanes-Manchette pouvaient aussi basculer en Aire Noire. Jalabert avait des bouquins sous le coude. Le label avait tout lieu d’exister. Pour son avenir on va aller lentement, trois titres par an. Le prochain Contrapaso sort en septembre. Que d’os avec Max ensuite. Ce ne sera pas une production massive. Sur Aire Noire la perception est très positive. On installe une belle promesse de lecture comme quand on lit un roman.
Mais qui prend une place qui lui était dûe chez Dupuis.
Je pense. Les collections pléthoriques ne fonctionnent plus. Hormis sur des séries anciennes, implantées. Ce sont des romans graphiques singuliers que l’on sort.
Votre Parker est très bien cadré et ne trahit pas le personnage. C’est un héros solo comme souvent.
Tarpon lui a des acolytes mais Parker c’est le héros solitaire, le braqueur. La structure est identique dans tous les Parker. Il prépare un coup. Ça foire à cause d’un complice ou autre. Parker se lance à sa poursuite pour récupérer l’argent. Toujours en quatre actes.
Quand on voit le dessin on n’est pas dépaysé. On est dans du Parker.
Le défi graphique est réussi. Chez Dargaud, l’intégrale a paru en 2020. Il fallait être dans la continuité sans être dans la copie. Pas un pastiche de Cooke. Je voulais travailler avec Kieran car on avait un projet qui n’a pas marché chez Delcourt. Et j’aime son graphisme très anguleux, un peu impitoyable, dur, tranché qui collait bien. C’est rétro, classique dans les codes du genre avec une société qui déraille. Souvent avec un privé. Parker est à part, chevalier braqueur.
Il va y avoir Dortmunder avec Iglesias. On est un peu dans le même style.
Oui il est fini mais on n’aura pas la bichromie pour se différencier de Parker. Christian Lax avait fait un premier album de ses aventures chez Rivages. Dortmunder c’est un voleur malchanceux. Tout ce qu’il fait foire. C’est drôle. C’est aussi une adaptation de Westlake. Il a repris Parker en 98 après une longue coupure.
On retrouve Max Cabanes bien sûr dans Aire Noire.
Ce sera le dernier avec Max sur Manchette avec ce Tarpon. Je reste l’éditeur de Cabanes et je l’ai encouragé sur un bouquin qu’il veut faire avec sa femme Marie qui se passe en Colombie. C’est plus du reportage. Je crois que Kieran a été invité à un salon BD près de Montpellier. Max a aussi quelque chose dans le coin en novembre. Idem pour Contrapaso, le second est encore meilleur que le premier. Elle fait une trilogie.
Vous êtes pris entre le marteau et l’enclume. Éditeur, auteur, co-directeur de collection.
C’est à José-Luis Bocquet que je dois ça. On est rentré presque en même temps chez Métal Hurlant. Quand il est arrivé chez Aire Libre il m’a demandé un sujet et on a fait La Princesse du temps. En 2013 il m’a proposé des sujets comme éditeur. Puis Stéphane Baujean m’a confié d’autres titres. Cela m’intéresse parce que je peux mieux défendre mes auteurs parce que j’en suis un. Je connais leurs difficultés. Et celles des éditeurs car cela les gens lisent moins, les prix ont augmenté. La réalité c’est que tout a explosé, le prix du papier, du carton, du stockage, le transport, la diffusion qui prend 60% sur le prix de vente. La marge de l’éditeur est très mince. J’aime trouver les bons projets.
Comme scénariste vous avez quoi d’autre sous le coude ?
Je me suis beaucoup investi sur le polar. J’ai d’autres choses. On va adapter une trilogie de Jack Vance, Lyonesse, de la fantaisie médiévale, une saga. Bien meilleur que Game of Thrones. On n’a pas encore choisi le dessinateur. J’aimerai continuer Harry Dickson. On a du mal à recruter des lecteurs car Dickson date des années 80. Tout cela ce sont des lectures que j’avais quand j’étais gosse. Parker, Dickson, Lyonesse. Mes parents étaient lecteurs de Série Noire, des Jean Ray chez Marabout qui a un style incomparable. J’adorais Doc Savage.

Tardi a adapté Manchette.
Il en a fait trois avant nous dont La Position du tireur couché. On a fait Nada qu’il ne pouvait pas faire. Tardi connaissait très bien mon père. Il avait commencé Fatale. Et puis il a arrêté. Manchette et la BD c’est une longue histoire. J’ai découvert Pilote, Spirou grâce à lui. On va faire d’autres adaptations de romanciers classiques et on ouvre à des auteurs comme Morvan qui va nous faire un Westlake. Plus des histoires originales.
Aire Noire ce n’est banal dans le contexte actuel.
On a un directeur éditorial éclairé qui est sur tous les fronts. Sans bombarder le marché avec des bouquins trop nombreux comme certains éditeurs. Les libraires sont submergés. La rotation est trop rapide. Il faut une réduction du nombre de titres. On l’attend depuis 30 ans. En 1994 on sortait 1500 titres par an et on s’inquiétait. On en est à 5500 aujourd’hui. Même le manga plonge. Les gens consomment moins de superflu. Même les fanas qui achetaient tout. Donc il y aura moins de livres produits. Il y a de très bons livres mais trop et des pas très bons. On traverse des années difficiles en particulier pour les auteurs. L’édition est centralisée par de grands groupes. Et quelques éditeurs indépendants mais jusqu’à quand. Dans toute l’édition.

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