Ben Barka la disparition et un mystère qui plane depuis 1965

On a beaucoup parlé et on parle encore de l’Affaire Ben Barka, plus que de la disparition de Ben Barka, titre de l’album ultra documenté de David Servenay journaliste (La Septième arme) et Jacques Reynal au dessin. Un cas d’espèce jamais vraiment élucidé, malgré toutes les enquêtes, les procédures. Tous les gouvernements français bien sûr mais surtout marocains et d’autres ont maintenu une chape de plomb sur l’enlèvement et la mort sans cadavre de cet homme politique, Mehdi Ben Barka, surnommé le Président qui a donné des sueurs froides à Hassan II et même au général De Gaulle qui a rapidement tiré un trait sur le sujet. Chronique sans tabou d’une affaire d’Etats, Israël et USA compris, on comprend parfaitement toute l’ampleur du sujet, ses recoins les plus secrets toujours dans le collimateur des journalistes après avoir emballé toutes les salles de rédaction régulièrement depuis 1965. Qui gênait vraiment Ben Barka mais surtout qui a commandité, laissé faire et que c’est-il vraiment passé ?

Le 29 octobre 1965 à midi Mehdi Ben Barka politicien marocain va à un rendez-vous avec son assistant historien quand deux hommes qui se présentent comme policiers papiers à l’appui. Ils lui demandent la raison de son séjour en France : un film sur la décolonisation. Les policiers lui disent qu’il est attendu par des personnalités, le font monter dans une voiture, abandonne son assistant. On le reverra plus jamais et on ne saura pas comment il aura été exécuté, ni par qui. Comme le disent les auteurs on rentre dans le domaine des hypothèses au demeurant documentées et pour certaines très plausibles. Des recoupements minutieux, c’est vrai, des truands dans le coup dont le fameux Boucheseiche, Grand Dédé, Le Palois et des flics bien placés, Louis Souchon de la Mondaine, Voitot des Stups, son adjoint, un espion Antoine Lopez dit Savonnette. Certains se connaissent alors que trois hommes attendent Ben Barlaka à son rendez-vous dont Franju réalisateur, Bernier journaliste et Figon voyou reconverti dans le cinéma. Le Monde signale la disparition de Ben Barka, un des dirigeants de Gauche de l’Union des Forces Populaires du Maroc. La France et le Maroc disent tout en ignorer.

Plus qu’un polar un thriller politique, une fiction qui aurait été peu crédible et pourtant vraie. Bachir Ben Barka, son fils a pris le relais pour essayer de savoir. Son père voyageait beaucoup entre l’Egypte, la Suisse ou Paris. Son père dès sa jeunesse milite pour l’indépendance nationaliste, une monarchie constitutionnelle, est soutenu par le père du futur Hassan II. Il y aura vite rupture et Ben Barka s’exile. Pour Hassan II sa reconnaissance auprés du peuple risque d’être mortelle pour son régime. Donc Ben Barka doit disparaître même si il faut, le tuer. Chtouki, Dlimi, Oufkir la garde rapprochée d’Hassan qui aura aussi mais plus tard un sort funeste, vont se charger de tout mais avec quelles complicités et en France en plus. Le suspense qui dirige ces hypothèses est parfait. Les documents abondent, un panier de crabes incroyable. Une reconstitution bien sûr mais pointue et le faux scoop de l’Express de Servan-Schreiber mal inspiré. Ben Barka faisait peur alors que l’Algérie depuis 1962 indépendante s’éloignait de la France de plus en plus. Pas question de laisser le Maroc faire la même chose. Vive le roi. Ben Barka aura contre lui des forces invisibles et invincibles. D’où ce mystère jamais élucidé, des pistes que remonte en bon journaliste Servenay. Un bouquin historique passionnant au dessin très efficace qu’on lit quand même comme un polar. Alors un jour la vérité ? Pas sûr car trop de grands personnages sont mouillés ou ont menti.

Ben Barka la disparition, Futuropolis, 23 €

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