La seconde guerre mondial a vu des pays participer au conflit indirectement et souvent pour des motifs idéologiques aux côtes de l’Allemagne. La France vaincue et occupée enverra la division de volontaires SS Charlemagne sur le front russe. L’Espagne franquiste pourtant neutre armera la Division Azul, elle-aussi composée de volontaires issus pour la plupart des milices phalangistes. C’est leur destin que Paco Asenio (scénario, dessin et couleurs) raconte dans L’Enfer bleu (azul en espagnol). Le récit s’appuie sur le témoignage d’un rescapé qui raconte sa vie au quotidien, les massacres, ses désillusions, la mort qui rode en permanence et décime les copains. Difficile de plaindre ces hommes qui avaient déjà adhéré aux Phalanges fascistes du Caudillo et ne juraient que par une lutte à mort contre le communisme motif prioritaire de leur engagement même si un bon nombre ne savait pas vraiment ce qu’ils étaient allés faire dans cette galère. Un ouvrage fort, lucide pour ces 18 000 combattants de la Bleue, couleur de la chemise des Phalangistes.

2001 à Almeria en Espagne, un homme parle devant une caméra. Alberto, 60 ans après est le dernier volontaire espagnol de la Division Azul en vie. Avec ses camarades il est allé se battre en unité constitué avec les Allemands contre les Russes dès juin 1941. Si c’était à refaire il le referait. Le 22 juin 1941 l’opération Barberousse commence. Le Reich envahit l’URSS. Deux jours plus tard en Espagne où le général Franco est le maître on adhère en masse à cette offensive allemande. A Almeria dans une famille aisée on parle de la guerre et le père est pour les bureaux d’engagement qui recrutent des Espagnols pour le front de l’Est. Le survivant dit qu’il s’était senti visé. Il a 18 ans Alberto et décide de s’engager, se présente au quartier général de la Phalange. Il est pris et sa mère est désespérée. Son frère s’engage aussi. Alberto partira avec le deuxième contingent. Instruction, tenue avec chemise bleue, fête avant de partir, ils prennent le train et le voyage vers l’Allemagne commence par des étapes espagnoles. Des copains, Manolo, Federico, on chante inconscients et affamés. Alberti entend des horreurs et téléphone à son frère de ne pas venir. Alberto lui reste, on distribue des uniformes mais c’est la galère. Train encore, la France et les premiers soldats allemands avant l’arrivée en Allemagne après Strasbourg. A Grafenwöhr la réalité rattrape les jeunes Espagnols divisés en trois bataillons qui vont être équipés d’uniformes allemands sauf la chemise bleu et un insigne d’épaule qui montre leur nationalité.
Paco Asenio dont le dessin est très pointu, précis en tout point, action, matériel, uniformes, détaille au plus fin la vie quotidienne de ces soldats. Une vie classique, Alberto devient cycliste de liaison. On va monter en puissance plus le front se rapproche et là c’est l’horreur qui les rattrape. Les combats seront sans pitié des deux côtés. De nombreuses photos d’époque illustrent l’album. On est très proche de récits comme celui de Malaparte, Kaputt, officier italien lui aussi sur le front de l’Est. Quelques longueurs cependant mais un réalisme total qui montre toute la stupidité et la monstruosité à la fois du nazisme et de la guerre.
L’Enfer Bleu T1, Editions Paquet, 24 €




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