La Main du diable, Rodolphe et Griffo sataniques

De la BD grand style, hyper classique avec deux noms que l’on retrouve toujours avec plaisir. Rodolphe et Griffo se sont associés pour La Main du diable adaptée de Robert Louis Stevenson qui a écrit en fait Le Diable dans la bouteille. Mais la Main du diable c’est Gérard de Nerval qui en est l’auteur. On y ajoute le film de Maurice Tourneur en 1943 avec ce même titre (pas neutre sur le fond car tourné en pleine Occupation avec l’incomparable Pierre Fresnay, un film que l’on recommande) et on se dit que notre très sympathique scénariste a fait un cocktail efficacement diabolique entre les deux, bien vu certes. On a bien relu et vérifié. Lieux et personnages de Stevenson en bouteille secouée par la main de De Nerval. Ce qui n’enlève rien à la BD au final qui fonctionne à merveille, rebondissement faustiens et décors superbes de Griffo dont le crayon est toujours magique pétri de diableries très efficaces.

La Main du diable 1892 sur un steamer Charles Dawson le narrateur rencontre Stevenson. Dawson est un admirateur inconditionnel de l’écrivain. Dawson semble richissime et s’explique. Une forme de miracle dont il est le héros et promet de tout dire à Stevenson lors d’une prochaine rencontre. Dawson avait tout perdu au jeu, devenu un clochard. Il n’avait plus en poche que 49 dollars quand un riche bourgeois, Pump, l’invite chez lui et lui demande si il croit au diable. Car il en possède la main qui permet d’exaucer tous les vœux, amour, santé, argent. Mais si on meurt en l’ayant toujours en sa possession on va directement en enfer. Il faut donc revendre la main mais moins cher qu’achetée. Pump lui prouve le pouvoir de la main et Dawson qui n’a rien à perdre se laisse convaincre. Il repart avec la main, exauce ses idées les plus folles, devient milliardaire et finit par se dire qu’il n’a plus besoin de la main. Reste à la revendre 48 dollars. Ce qu’il fait et rencontre dans la foulée la très belle Rose, s’achète une conduite et les années passent heureuses. Jusqu’au jour où.

On se doute bien dès le départ qu’il va y avoir un os dans le potage. Et que ce bon Dawson va avoir du soucis à se faire. Reste à savoir comment l’histoire va tourner et là Rodolphe sur les bases déjà citées a concocté une recette très bien tournée. La progression narrative est parfaitement maîtrisée. Rodolphe a un talent de haut vol. On se laisse envoûter peut-être par le Malin qui mène à la baguette l’intrigue capable de tous les rebondissements les plus tordus et étonnants. On a aimé aussi la sincérité de Stevenson. Tout se tient et l’album qui se lit bien est en plus graphiquement du Griffo au meilleur de son style, un découpage efficace.

La Main du diable, Éditions Anspach, 16 €

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