Nanterre avant l’orage, enchaînement

Un bouquin pas facile, pas simple mais courageux et nécessaire. Nanterre avant l’orage est un flash-back sur la cité au départ utopique à plus d’un titre qu’a été Nanterre. Et puis l’abandon, l’oubli, la montée en puissance de la violence, de la drogue jusqu’à ce jour du 27 juin 2023 où le jeune Nahel est tué. L’enchainement irréversible est analysé et en ligne directe avec la situation de zones interdites des cités aujourd’hui. Ou encore plus récemment les émeutes qui débordent et envahissent le coeur des grandes villes. Pourquoi, comment et où va t-on ? A lire attentivement et sans parti pris, ni à priori. Au scénario Feurat Alini lauréat du Prix Albert Londres en 2019 et au dessin plus couleur Ulysse Gry.

27 juin 2023, 9h, quelque chose s’est passé, les messages tombent. La rumeur court dans la cité. C’est Nahel. Ils ont tué Nahel. Cité Picasso, les Tours Aillaud à Nanterre, on dit les Pablo. L’architecte Aillaud en 1970 imagine une cité utopique, des fenêtres en goutes de pluie, une oeuvre d’art à ciel ouvert, un immense serpent sculpté qui ondule dans la cité et une énorme statue de pierre. Les tours se sont des milliers d’histoires individuelles. Au départ modernité et confort, familles venues d’Algérie, du Maroc, du Portugal, un nouveau départ et le vernis se craquelle. Des tours figées au milieu de la richesse, La Défense, Puteau, le 16e pas loin. 95% de logement sociaux et 20% de chômage. Feurat Alani journaliste à grandit dans ces tours. Le 27 juin un flash, un jeune automobiliste aurait été tué par un agent sur lequel il aurait foncé. Nahel est mort. On raconte à Feurat. Les anciens ont cru à un palace, ils sortaient de bidons villes, dans la boue, avec des descentes de police. Dans les touts ils avaient eu un vrai chez eu, fiers. Chaque quartier a un nom. La drogue est apparue, époque du Sida, les failles s’installent.

Qu’est ce qui n’a pas marché à Nanterre ? Sûrement la paupérisation progressive de la population, l’abandon du mythe, un passé sans avenir. Des associations courageuses et la goutte qui fait déborder le vase, la mort d’un jeune, la perte des valeurs familiales, des gamins qui grandissent seuls. La violence qui ne résout rien si ce n’est transformer les cités en ghetto. La colère permanente mais la volonté de certains de s’en tirer, ouvrir des portes pour que le futur efface le présent. Un excellent bouquin, à la fois chaleureux, émouvant et sincère sut la vie quotidienne dans une banlieue oubliée. Un dossier complète l’album.

Nanterre avant l’orage, 128 pages, Steinkis Témoins du monde, 20 €

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