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Bonneville T2, les héros sont fatigués

La suite d’une des plus belles et folles sagas, celle de la course irraisonnée aux records de vitesse sur la piste du Bonneville Salt Flats, non loin du Grand Lac Salé aux USA, ou en Australie sur le Lake Eyre. Des monstres à réacteur qui ont tout de jets sans ailes et s’offrent parfois des décollages intempestifs et mortels. Toute une époque au début des années soixante que Marvano a voulu restituer et à laquelle il rend hommage à travers ces fous dans leurs étranges machines. Dans ce tome 2 de Bonneville qui clôt ce diptyque époustouflant de fureur, de vitesse, de larmes et de passion, on va jusqu’au bout de la piste, la mort de Campbell sur son Bluebird en 1967 qui restera un souvenir marquant pour une génération d’adolescents en mal de héros. Les astronautes prendront la relève.

En 1964, c’est en Australie que Campbell tente le record de vitesse. Le sol est plus dur qu’à Bonneville. Sauf quand il pleut. Dylan est la vedette des années Vietnam. Campbell réussit, 645 km/h. Autre héros, Jim Clark qui court à Indianapolis. Sachs et MacDonald se tuent. C’est la guerre froide et on a peur d’une attaque atomique soviétique. Les records s’accumulent sur le Lac. 700 km/h pour Craig Breedlove. Des héros du XXe siècle que le XXIe a mis au rebut, siècle de médiocrité revendiquée. Et la crevette, la jeune narratrice va s’offrir un passage clandestin sur le Green Monster d’Art Arfons. Il a acheté à l’Air Force un moteur top secret. Mais il perd son parachute de freinage et décolle après un dérapage de 10 kms. Des fusées d’appoint, tous les moyens sont bons pour aller encore plus vite.

Zeldine, la crevette, est donc le témoin, le narrateur de cette fuite en avant qui se soldera par des morts nombreux, des oiseaux de feu et des records qui aujourd’hui font partie d’une légende oubliée que Marvano a bien fait de faire revivre. Un trait superbe, épuré comme ses modèles d’acier, le souvenir aussi d’une grande dame Betty Skelton, pilote virtuose, sélectionnée par la NASA. Les années passent, on perd des bombes atomiques en Espagne sur Palomares. On tourne Grand Prix. Émeutes à Los Angeles. On a une belle dose de nostalgie avec ce Bonneville mais surtout d’abnégation et de courage, d’hommes sans calcul, libres et un peu fou. Un bel ouvrage supporté par le dessin élégant de Marvano et les couleurs de Bérengère Marquebreucq. Une chronique tardive mais qu’il fallait absolument faire.

Bonneville, Tome 2, 1968, Dargaud, 13,99 €

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