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Vipère au poing, Bazin et Folcoche pour le meilleur

C’est un des romans iconiques d’Hervé Bazin dont le nom est désormais passé aux profits et pertes des plus grands auteurs du XXe siècle. Vipère au poing est quoiqu’on en dise un classique, une histoire à l’intensité dramatique exceptionnelle qui en prime a été un succès incontournable du petit écran. Adaptée par Pierre Cardinal en 1971 il avait donné à Alice Sapritch, aujourd’hui elle aussi oubliée un rôle superbe et qui reste dans les mémoires de ceux qui l’ont vu. Plus Folcoche que la Sapritch impossible. De Broca en fera un film en 2004 avec l’excellente Catherine Frot à qui le rôle de Folcoche allait très bien accompagné par le regretté Pierre Villeret. Et donc c’est à la BD que Vipère au poing ouvre les tourments de deux frères martyrisés par leur mère. Frédéric Rébéna s’en est très bien chargé ce qui n’était pas simple entre autres pour ceux qui ont lu Bazin ou vu Sapritch. On est pris aux tripes par cette méchanceté chronique d’un être sans pitié et tortionnaire des coeurs comme des esprits. Le dessin est celui qu’il fallait.

Sapritch dans Vipère au poing.

Brasse-Bouillon surnom de Jean Rezeau adore jouer avec les vipères. Et flanque la trouille à tout le monde, le curé précepteur, Ernestine, la grand-mère. Son frère Freddie compte les poings et Jean mérite une punition. Sauf que sa mère est en Chine et qu’elle y reste assure Jean qui raconte l’histoire. Ils habitent une propriété la Belle Angerie de la famille Rézeau. Depuis cinq ans les deux frères vivent un bonheur provisoire. La grand-mère règne. Alphonsine la bonne est sourde muette. Mais en cette année 1922 la fin de leur enfance va sonner. La grand-mère sait qu’elle va mourir et donc meurt dans de jolis draps. D’où le retour de Chine de la mère et la préparation des deux frères. Le père est avec elle, un gentil sous contrôle qui en prime arrive avec un nouveau frère inconnu Marcel. Dès son arrivée c’est une reprise en main maternelle très ferme. Une mère qui hait le coin trop sinistre à ses yeux. Le père capture des mouches et chaque mot que prononce la mère « c’est un coup de pied au cul ». Nouvelles dispositions, règles, des horaires de bagne, régime alimentaire draconien. Crânes tondus et plus de poêles dans les chambres et d’oreillers.

Une déjantée complètement cinglée la Folcoche, surnom que les garçons vont lui donner. Un regard de feu qui tue, une violence que les deux frères vont tenter de combattre. La lutte est ouverte et tous les coups sont permis. Ne pas oublier que Bazin en 1948 a écrit ce roman largement autobiographique. Folcoche c’est sa mère. Il revient donc sur les années 20 de son enfance, un père lâche qui a peur de sa femme, un troisième frère qui va être très rapidement sous contrôle des deux autres. Coups de martinet, de poing, la vengeance va se mettre en place. Vipère au poing assez intemporel se lit parfaitement en BD car Rébéna a su en restituer toute sa puissance dramatique. On prend fait et cause pour ces deux ados contre « la méchante mère, sorcière diabolique » qui détient tous les pouvoirs dont l’argent. On n’en dit pas plus. Cet album est à lire absolument.

Vipère au poing, Rue de Sèvres, 20 €

 

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