Versatile, jeux de cour sans pitié

Un titre en forme de jeu de mot, Versatile pour une course aux pouvoirs, aux honneurs qui ne peut se passer qu’à Versailles revisitée par Clothilde Chauvin et Hosanna Chauvin au scénario. Un premier album délicat et pourtant ironique, où l’argent, les piastres, signifie place dans une société ancien régime dont le but à atteindre est la royauté. Célimène venue du peuple reniera tout pour progresser, écraser les autres, nier l’amour si besoin. Une course solitaire désespérée à moins que. Une histoire subtile et dessinée avec un trait qui s’affinera mais montre déjà de réelles qualités.

Une jeune chiffonnière, juste au-dessus des mendiantes sur le cadran de la réussite, qui rêve de devenir modèle pour les peintres connus de l’époque. Elle méprise sa mère, se taille une robe et réussit à accéder à une soirée privée. Nérestan est le peintre en vogue. Célimène ment, affabule. Londor est séduit, jeune peintre et la prend pour modèle. Célimène remonte à Nérestan qui peut tout peindre même sa laideur. Il le fait, la paye cher et c’est le début d’une ascension à tout prix. Devenue domestique et modèle, la jeune fille se laisse séduire, rend fou les peintres, rencontre Dorval, un tournant. Il la peint d’un coup de pinceau, humour mais l’argent commence à rentrer. Elle doit peaufiner sa réputation. Ouvrière, couturière, le stade suivant mais il faut trouver une embauche et découvrir la débauche. Le hasard lui permet de créer une robe qui séduit. Un essai, elle cherche Dorval promu artisan. Retrouvailles. Dorval est un gentil qui lui fait une leçon, lui dit qu’elle finira pas s’abîmer seule. Artisane, Célimène grimpe, déjoue les coups bas. Douée et rouée.

On est à la cour de Louis XIV, Louis XV. On pense à la Pompadour, à la Montespan. Célimène en est le clone. La course à l’ascension sociale, aux honneurs, elle fonce, séduit, trompe, détruit si besoin. Mais plus dure risque d’être la chute. Un très bon conte ce Versatile, Célimène le caméléon qui change d’avis et de couleur quand son avenir le demande. Une rédemption ? Elle s’affirme au fil des pages, impose ses règles. Un univers impitoyable pour celle qui veut être reine. Ou retombera dans la fange. A voir et à apprécier.

Célimène, Casterman, 25 €

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