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Tourner la page, Zep pour un voyage mortel

Zep s’était raconté dans Dessiner le monde, album de 169 pages, un livre d’entretiens en 2024, un point d’étape, un flash-back mais aussi des regards sur le monde, sur lui-même son évolution graphique. C’est Romain Brethes qui en avait été le chef d’orchestre. Cette fois il revient comme il l’a déjà fait avec Suivez la mèche qui a paru en 2023, The End, Ce que nous sommes ou Une histoire d’hommes en 2013, avec une histoire à la fois pas banale, très construite et bourrée de surprises humaines et sentimentales. On y ajoute la qualité de son dessin pour Tourner la page, titre de cet album intelligent et subtil qui doit garder sa part de mystère. On pensera un peu à Romain Gary et Emile Ajar pour l’usurpation d’identité littéraire encore que dans le cas de Gary il y avait plus de flamboyance. Reste un voyage au bout de la mort qui va rebattre les cartes.

Il se raconte le romancier. Lambert Delville alias Gregor Samsa, une pointure mais qui a du mal à se renouveler. Pas un chat à sa dernière dédicace pour ses Itinéraires occultes. Son éditrice n’aime pas son prochain roman. Il a eu le Fémina il y a quinze ans mais là il piétine. Elle lui conseille d’aller faire un tour en Grèce sur son voilier. Il a un auteur concurrent, Himmel, le jeune qui monte. Sophie sa femme en a marre et veut prendre l’air et n’aime pas non plus son bouquin. Ras le bol de supporter un auteur déprimé. Il ne lui reste plus qu’à mourir, disparaître et le sort va lui offrir une occasion royale. Bateau en Grèce, le bonheur, la liberté, une tempête et une sacrée surprise. Porté disparu Delville, bateau coulé retrouvé, du sang mais pas son corps. Ses bouquins se revendent en masse, on l’encense, hommages. On publie son dernier livre qui était à priori mauvais, L’Eclipse, qui devient un best-seller. Un livre nécessaire pendant que Delville est planqué anonyme dans une cahutte sur la côte grecque. Une vie de rêve, simple, et il suit les conséquences financières de sa mort, en tête des ventes. Mais il va y avoir de la trahison dans l’air. A Paris on annonce que L’Eclipse pressentie pour le Goncourt aurait été écrit par un nègre, Jean Poldis.

A découvrir qu’elle a été cette fameuse occasion , cette surprise qui lui a permis de mourir en douce et aussi comment la cabale et l’usurpation de sa créativité voit le jour de façon très vraisemblable. On dira que Zep signe un remarquable thriller avec une palette très crédible et sans pitié du monde des Lettres. Trapenard fait de la figuration et Delville comprend qu’il s’est piégé lui-même. Et la fin dans tout ça ? Autant en emporte le vent. Une belle écriture et une aventure au bout des embruns de la vie.

Tourner la page, 80 pages, Rue de Sèvres, 20 €

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