Les Sortilèges ensorcelants de Jean Dufaux

Une autre actualité Dufaux après Munuera, le livre 2 de Sortilèges, un conte de fées sous le crayon de Munuera. Une occasion pour relire à la fin de cette chronique la critique du livre 1 et surtout une interview de Jean Dufaux au dernier festival de Vaison-la-Romaine. Dufaux était en compagnie de Pellejero qui sera cette semaine à la Comédie du Livre à Montpellier.

Sortilèges Blanche d’Entremonde n’est pas une vraie gentille. On l’avait laissé en posture délicate. Elle revient avec la hargne au cœur et ne fait pas dans le détail la jeune fille aux pouvoirs bizarres. Des coups tordus, la guerre entre les royaumes d’en Haut et d’en Bas, la traîtrise de ses alliés dont le cousin Saumure, Blanche se retrouve un peu seule. Du coup elle tombe dans les bras de Maldoror. Sa mère voit la vie en rose et son fils Ogier voit des renards. Et puis il y a un miroir magique style Blanche Neige et des bagarres que n’aurait pas renié Robin Hood. Ce tome 2 prend volontairement un chemin plus décontracté. Dufaux a remélangé les genres, une nouvelle donne
. Quelques clins d’œil à Disney avec Alice au Pays des Merveilles et surtout le dessin flamboyant de Munuera, un grand talent qui doit finir par avoir une grande série qui lui permettra de recevoir la reconnaissance qu’il mérite. Reste qu’on est bluffé par le dessin, l’humour acide qui teinte l’histoire. Tout en conservant une part dramatique qui fait pas rigoler.

Sortilèges, Tome 2, Dargaud, 14,99 €

Un tome 1 haut en couleurs

Sortilèges Sortilèges, sorcières, fées ou envoûtements, deux albums qui viennent de sortir sont sur ces thèmes. Le premier est écrit par Jean Dufaux avec José Luis Munuera au dessin. Un duo de très haut niveau qui revisite les contes de fées. On peut y admirer certes toute la créativité de Dufaux mais surtout son sens incroyable de la mise en scène, son découpage très cinématographique, le mélange subtil de ses influences.

Blanche sera reine du royaume d’Entremonde mais son frère et sa mère ne l’entendent pas de la sorte. Et Blanche devra aussi se méfier d’un de ses amoureux éconduits. Il y a les puissances maléfiques, noires mais que Dufaux a teintées d’humour. On est en plein fantastique dans la veine des grands Disney. Le dessin de Munuera est superbe. Un premier tome tout simplement parfait.

Sortilèges, Tome 1, Dargaud, 14,99 €

Le très éclectique Jean Dufaux, scénariste dans l’âme

Jean Dufaux a l’écriture chevillée au corps. Scénariste hors normes, auteurs de séries phares il a aussi signé son premier western avec, au dessin Ruben Pellejero, Loup de pluie chez Dargaud. Une rencontre au festival de Vaison-la-Romaine où ils étaient en dédicaces et où ils ont été primés.

Ruben Pellejero et Jean Dufaux
Pellejero qui sera à la Comédie du Livre et Jean Dufaux en dédicace. JLT ®

Mais qu’est ce qui fait courir la main de Jean Dufaux sur la feuille blanche ? « Enfant, j’ai rencontré la magie de la lecture. Depuis je ne peux pas vivre sans. Et, amusant, quand mon petit frère est né, on m’a offert une BD. Un signe ? Je n’ai jamais quitté le chemin de la lecture et de l’écriture ».

Pour mémoire Dufaux c’est Djinn avec Mirallès, Murena avec Delaby, Barracuda avec Jérémy, La Complainte des landes perdues, Conquistador avec Xavier. Et, tout neuf, Sortilèges avec Munuera. Un rayon pour lui tout seul Dufaux en librairie. Du lourd en tirages mais Jean Dufaux est un authentique modeste.
« Homme d’écriture je suis fasciné par la magie du dessin mais ma formation, le cinéma, fait que je suis très attaché au cadrage, la mise en scène. On doit captiver le lecteur. Jean Van Hamme (Thorgal, XIII, Largo Winch) m’a fait un beau compliment un jour en me disant qu’il serrait la main au jeune homme que j’avais su rester ». Ému Jean Dufaux. De sa voix douce il avoue « ne jamais avoir collé à une mode. J’avais montré les premières planches de notre western à Jean Giraud. Il avait beaucoup aimé ».

Avec Pellejero pour Loup de pluie Jean Dufaux n’a pas usé de fusillades. « Une histoire de famille, violente, des émotions. Je devais passer par la piste du western, celle d’hommes de bonne volonté et aussi de racistes » complète Dufaux. Pour Pellejero le scénario de Dufaux n’était pas traditionnel : « J’ai évolué dans mon dessin, dans mon cadrage. J’avais fait des westerns à mes débuts mais rien à voir avec Loup de pluie ». Dufaux poursuit : « Chez Pellejero j’avais aimé l’utilisation de la lumière, les effets ».

Dufaux reprendra aussi le scénario de Blake et Mortimer. « Je n’ai pas besoin de vacances, de voyages. Il n’y a pas d’émotions supérieures à la lecture ». Et un petit tour dans les étoiles style Galactica par Jean Dufaux ? Pourquoi pas.

® Jean-Laurent TRUC