Interview : Rubén Pellejero parle du prochain Corto Maltese, Le Jour de Tarowean

Rubén Pellejero était l’invité de BD Plage à Sète. A deux mois de la sortie du dernier Corto Maltese, le troisième dont il signe le dessin avec Juan Díaz Canales au scénario, il était évident qu’il fallait qu’on en parle. On sait que l’épisode, le 15e des aventures de Corto, s’intitule Le Jour de Tarowean (Casterman) et qu’on va découvrir, peut-être, comment le marin aventurier a commencé sa carrière en revenant juste avant sa première aventure officielle par Pratt, La Ballade de la Mer Salée. Ce que confirme Rubén Pellejero tout en ajoutant quelques confidences pour ligneclaire.info. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.

Rubén Pellejero et Jean-Laurent Truc
Rubén Pellejero répond aux questions de Ligne Claire. Merci à son épouse pour la photo ®

Rubén Pellejero, on en sait finalement peu sur ce tome 3 de Corto Maltese qui sort en novembre. Et cela aussi pour des questions d’exclusivité. On revient pourtant aux sources, l’action se passe avant la Ballade de la Mer Salée de Pratt. Corto va aller à Bornéo où il devra s’interposer entre les Anglais et les Indiens dayaks ?

Rubén Pellejero
Rubén Pellejero. JLT ®

Oui, au départ on voulait surprendre avec Juan, ne rien dire du tout du sujet. Puis on a évolué. On en a donné une idée plus claire, des pistes, en parlant de la Ballade. Mais on n’aurait rien dit si cela avait été possible.

Ce qui est compliqué. La couverture est publiée comme le titre. Vous aviez choisi depuis longtemps ce retour ? Ou c’est une idée qui est venue peu à peu ?

On peut en parler car Juan le rappelle dans la genèse de l’album. Il dit que je lui avais proposé de faire connaitre l’avant Corto, pourquoi Corto raconte ses histoires. Le lecteur ne connait pas ce qui s’est passé avant la Ballade, la jeunesse de Corto oui. Il est devenu pirate, aventurier mais pourquoi il se retrouve dans le Pacifique. On peut penser beaucoup de choses. C’est devenu à la fois un album hommage et une découverte. Le lecteur qui connait la Ballade aura ainsi une vision qui peut-être aurait été différente de celle de Pratt. J’ai donc dit à Juan « pourquoi pas l’avant Corto » et on finit avec l’image que tout le monde connait, Corto en croix.

Le Jour de Tarowean

Raspoutine et Corto libèrent un jeune homme dans le Pacifique, il y a le sultan de Sarawak dans cet épisode. C’est une aventure très Pratt ? Ou remise plus au présent ?

Je pense que c’est du Pratt avec le côté qui parle du Pacifique, le côté aventurier très fort mais nous voulons que notre évolution personnelle dépasse un peu cela. Et nous avons essayé.

Vous recadrez un peu Corto sur un chemin plus réaliste, plus logique ?

Oui, pour nous c’est le plus simple de jouer avec l’historique, les personnages qui existent. On retrouve des personnages authentiques comme le roi de Bornéo, un photographe connu de l’époque dans un contexte BD. Il y a avant tout une histoire à raconter. Le lecteur qui connait Corto va évoluer avec cet album où il va le reconnaitre. On saura qui est le Corto d’avant la Ballade.

Corto Maltese
La Ballade de la mer salée

Un album trait d’union, introduction à l’œuvre de Pratt ?

Oui. N’oublions pas qu’on connait tous les albums de Pratt, sa façon de travailler mais on ne peut faire un album avant la Ballade en oubliant que Corto au départ c’est avant tout l’aventure.

Comment travaillez-vous avec Juan ? Il vous donne le scénario au fur et à mesure, vous le retravaillez ensemble ?

Rubén Pellejero et Juan Díaz Canales
Rubén Pellejero et Juan Díaz Canales. JLT ®

En fait, si on veut parler d’une façon de travailler, le plus simple ce sont les rencontres que nous faisons pendant la promotion de l’album qui vient de sortir. Nous préparons le prochain, nous échangeons nos idées. On discute puis ensuite on échange par net. Juan écrit tout et ne me donne le scénario quand il a fini. J’ai beaucoup de liberté pour dessiner. Il me donne la documentation, ses recherches pour les personnages. J’anime avec ce qu’il a trouvé, je lis les textes ou cherche plus d’images.

C’est un travail très partagé.

Pour notre Corto Maltese, c’est avant tout un travail d’auteur, d’un auteur à nous deux. Juan a accepté ma façon de travailler.

Vous avez trois Corto derrière vous avec Juan. C’est une belle réussite bien que stressante ?

Le plus important pour Juan et moi est que nous ne prenons pas Corto Maltese comme une série avec une méthode de travail prédéfinie, cadrée. On ne refait pas la même chose à chaque fois. Nous voulons évoluer selon notre histoire, nos envies personnelles. Corto est un univers très riche.

Vous vous investissez totalement.

Nous voulons rester simples. Je fais mon travail personnel, un travail parallèle, naturel. Je ne fais pas du Pratt. C’est très important et Juan fonctionne pareil.

Corto Maltese

Le tome 3 sort et si je comprends bien, pour le 4, vous en parlerez lors de vos voyages promotionnels ?

Effectivement. J’ai déjà une idée mais j’attends la promotion. Juan est beaucoup sur Blacksad en ce moment mais pour la sortie du tome 3 de Corto on va se voir. Il va arriver avec ses idées et moi les miennes.

Corto n’est pas une machine programmée contrairement à d’autres reprises. C’est très libre. Aucune pression de l’éditeur ?

Non, il lit le synopsis et une fois accepté, on continue, mais sans demande initiale de sa part.

Dédicace de Rubén Pellejero

Vous êtes un peu angoissé avant la sortie d’un Corto ?

Un peu de tension, c’est vrai. De la joie aussi de voir l’album publié, comment les lecteurs le reçoivent. Le côté un peu dur, ce sont ceux qui n’aimeront pas, qui n’acceptent pas la reprise.

Et à côté de Corto, d’autres projets ?

Corto me prends du temps mais j’ai des projets comme Barcelone dans la collection A Suivre, une série, co-scénarisée par Denis Lapière, et avec Eduard Torrents, Jakupi pour Dupuis. Je suis un peu le directeur artistique du projet.