Hugo Pratt, les chemins du rêve passent par ceux du réel

Hugo PrattUne promenade très circonstanciée, écrite et documentée visuellement sur les chemins du rêve, l’univers de Hugo Pratt est revisité, Corto Maltese suivi à la trace dans cet album qui s’aventure sous la direction de Patrizia Zanotti dans des chemins restés peu entrepris. Le réel chez Pratt ne peut être séparé du rêve, un constat évident, que ce soit pour Corto ou, comme on le voit dans ce recueil, pour son Saint-Exupéry, le dernier vol qui reste une des visions les plus fortes du destin du père du Petit Prince. Un ouvrage superbement imprimé dans un grand format qui en permet une manipulation idéale, un papier au grain soyeux, un collectif dont les textes expliquent, commentent, étudient sans encombrer outre mesure ce qui reste primordial chez Pratt, la beauté séduisante, évocatrice du dessin. On rappelle que cet ouvrage a été publié à l’occasion de l’exposition Pratt, les chemins du rêve à la fondation Folon à la Hulpe en Belgique qui se poursuit jusqu’au 24 novembre 2019. Sans oublier le prochain Corto Maltese par Pellejero et Canales qui sort en novembre chez Casterman.

Les chemins du rêveDes lieux où se passent ses récits, c’est le point de départ de Francesco Boille, un des auteurs avec Giulo Giorello. Une réalité bien concrète dont Pratt va bouleverser les points de repères. Pratt le magicien, car c’est finalement cela dont il s’agît, mais en conscience ou naturellement ? Souvenir de Corto, rêve, imaginaire, entendu, Pratt s’offre toutes les libertés narratives. De ses textes, ses dessins, ses histoires, on peut tirer toutes les leçons que l’on veut, faire dire, interpréter Pratt. Pratt pas si innocent que ça, c’est encore ce que sous-entend Boille. Alors Pratt, le guide qui parle au léopard ? Un décryptage illustré pour bon nombre de ses titres alimente ses Chemins du Rêve.

Quand on lit Pratt, que ressent-on ? Tout est là. Un plaisir envoûtant et on en revient toujours au magicien des Celtiques, de la Mer salée. La profusion soigneusement choisie des illustrations de l’album, des planches, des dessins, des aquarelles sont autant de nouveaux appels à suivre Corto ou Les Scorpions du désert, Ernie Pike. De retrouver Corto sur l’île de Pâque dans Mû, la cité perdue. Que cache-t-il dans ses pensées ? Voilà de quoi alimenter le rêve. La jaquette de couverture de l’album, dépliée, cache une affiche superbe.

Hugo Pratt, les chemins du rêve, Gallimard/Cong, 28 €