Comme il le dit lui-même, Ailefroide, Altitude 3954, l’a fait connaître, découvrir par une autre catégorie de lecteurs, plus large, pas toujours concernés par la saga grandiose qu’est Transperceneige. Raison pour laquelle Jean-Marc Rochette est remonté en solitaire dans ses chères et belles montagnes dont il sait si bien parler pour une version alpestre que l’on pourrait croire inspirée du Vieil Homme et la mer. Mais pas que, car Rochette a certes pris pour thème une lutte à mort entre un berger et un loup, adieu l’espadon, mais surtout une vraie tragédie, la perte d’un être cher de part et d’autre, la reconstruction difficile, la haine de l’autre jusqu’au tournant imprévisible. La vie est gagnante dans ce Rochette hors du commun, sorte de huis clos dont la montagne est le théâtre sans pitié, témoin privilégié d’un duel où tous les coups sont permis sur fond de fantômes d’un passé douloureux. On est pris par cette chasse où le gibier ne sera pas à long terme celui qu’on croit. Un récit d’une rare force évocatrice, accrocheur, prenant, poétique aussi, en un mot superbe et terriblement émouvant.
On a perdu l’habitude du loup dans nos montagnes. On s’étonne que le loup tue et dévore. Comme Baptiste Morizot le dit très bien dans la postface il y a une grande ambiguïté entre les dégâts du loup, les services indirects qu’il a procuré aux bergers malgré les attaques, l’absence de défense des brebis abâtardies, un prix de la viande ovine française élevé non concurrentiel, les bergers qui disparaissent retraités. Très complexe comme débat. Gaspard et le loup sont sur un territoire à partager. Gérer le loup demande de s’adapter comme autrefois. Rochette raconte une fable car un loup vengeur c’est peu crédible. Sauf dans son histoire qui est exemplaire. La morale de Le Loup, aujourd’hui où l’on constate faux-cul que des espèces disparaissent en nombre, est que c’est plus à l’homme de s’adapter qu’au loup qui lui n’a aucune raison de changer son mode de vie si on veut continuer à en voir encore en liberté. Comme pour les ours dans les Pyrénées. Un album encore une fois, que ce soit par son dessin ,ses ambiances, ses paysages, son souffle glacé, ou par ses deux héros charismatiques, un modèle du genre qui donne aussi à réfléchir. Une histoire à la Kessel. A noter que Rochette accompagné par Matz publie le préquel du Transperceneige, Extinctions, sur lequel nous reviendrons très vite.
Articles similaires
Pour sa première participation à la Art Paris Art Fair, la galerie Daniel Maghen présente une quinzaine d’œuvres de quatre artistes…
On se dit parfois que la vie réserve bien des surprises. Et qu'on peut rester…
Un livre prestige, et confidences, Jean-Marc Rochette s'est livré à Rebecca Manzoni. Dans un recueil…
On va enfin savoir pourquoi le Transperceneige s'est lancé dans sa course folle et, surtout,…
Deux nouveaux titres viennent d'être nommés pour le Prix des Libraires de BD 2018. Ailefroide altitude…
Jean-Marc Rochette sera exposé à la Galerie Martel à Paris du 12 septembre au 18…
Un évènement que cette exposition Jean-Marc-Rochette et Le Transperceneige, d’après l’univers et les personnages de…
La sortie de Vertiges a été un choc d'autant plus fort que Jean-Marc Rochette n'est…