Il aura quoiqu’il ait pu lui-même en penser marquer son siècle. Robert Badinter a été un honnête homme au sens le plus strict et complet du terme. Avec ses doutes, ses faiblesses sûrement mais avec une conviction profonde que la justice doit régner en maître mais ne pas être pour autant une machine à broyer, pire à tuer. Avocat de haut vol, l’antisémitisme fera partie de sa vie, depuis son enfance, sa jeunesse pendant l’Occupation, la déportation de son père. Il sera un homme politique un peu par hasard, par conviction mais aussi par amitié pour François Mitterrand. Abolition de la peine de mort après avoir connu l’exécution de son client Bontems, restructuration des conditions d’emprisonnement, il se sera battu pour la liberté toute sa vie. Marko dont on a toujours salué la qualité, la délicatesse intellectuelle du trait, le découpage exemplaire s’est associé pour celui qui désormais est un historien scénariste de référence, Jean-Yves Le Naour. Robert Badinter au nom de la justice est une biographie dont l’ancien ministre est le narrateur. On suit l’homme pas à pas à travers les grandes épreuves du siècle, les siennes aussi et on ne peut que l’en admirer d’avantage, surtout ne jamais l’oublier car il a redonné confiance en l’être humain.

30 mars 1928 il nait à Paris, devient français comme son Russe de père qui a fuit par crainte de l’antisémitisme. Il sont juifs mais la France c’est encore pour eux l’égalité, la République. Son père fait fortune dans la fourrure. Blum arrive au pouvoir. 1940, la France écrasée, les Allemands en zone occupée, Robert découvre qu’être juif est un crime. La famille part en zone libre à Lyon mais les Allemands l’envahissent en 1942. Barbie va chasser résistants et juifs, Jean Moulin compris. Robert se nomme désormais Berthet mais le 9 février 1943 son père est arrêté par la Gestapo. Robert s’échappe, sa mère déménage dans un petit village. Des frayeurs mais il s’en sort. Libération mais pas de retour du père. Il sait qu’il ne reviendra jamais. C’est là qu’il décide de s’engager pour la justice, le droit pour sa vie entière. 1945 il part à New-York avec deux licences en poche. Revient et devient avocat un peu par hasard, travaille avec Henry Torrès, se fait des relations, défend les stars et se marie avec l’actrice Anne Vernon. Divorce. Il s’engage politiquement auprès de Mendès France. 1958 De Gaulle revient.

La suite c’est encore et toujours des montées en puissance. Mitterrand, Elisabeth qu’il épouse. Pompidou est élu président et là Badinter est confronté en direct avec la peine de mort. L’affaire Buffet-Bontems sera le tournant décisif. Tout est utile dans cette biographie qui se lit sans pause. Jeu des couleurs par Marko, textes travaillés de Le Naour, la haine aussi et l’antisémitisme qui s’amplifie. Badinter n’est jamais dupe, un homme juste. Que penserait-il aujourd’hui lui qui a connu pourtant la résurgence de l’extrême droite ? Il se battrait sans hésitation. Un détail infime, on pinaille mais quand on parle de L’Express et de Jean-Jacques autant donner son nom à Servan-Schreiber. A noter qu’il y a eu récemment un autre ouvrage sur Robert Badinter par Pascal Bresson.
Robert Badinter au nom de la justice, Dunographic, 19,90 €

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