Intempérie, voyage au bout de l’enfer

Javi Rey était récemment à Montpellier invité de la librairie Azimuts. Le dessinateur de Un Maillot pour l’Algérie a relevé avec beaucoup de talent le défi d’adapter Intempérie, le roman de Jesús Carrasco, meilleur titre en langue espagnole de 2013. Pas évident de montrer, rendre compte des souffrances terribles d’un enfant et du courage d’un vieillard pour le défendre, le tout dans un désert où finalement on se retrouve dans un huis-clos qui tient parfois du western. Il y a aussi la violence démoniaque qui enveloppe un duo associé pour le pire mais qui a au fond du cœur une rage de vivre terrible. Rey a un coup de crayon fort et puissant, sans concession.

IntempérieUn jeune garçon qui fuit, un père ignoble, un alguazil monstrueux. Victime innocente il va marcher vers le Nord dans un environnement hostile, de désert aride et tombe sur un vieux berger avec son âne et son troupeau. Le vieux va nourrir l’enfant, sans paroles inutiles, spontanément. L’homme et l’enfant vont apprendre à vivre ensemble. Des cauchemars peuplent les nuits du gamin, comment son père l’a vendu à un pédophile qui s’est lancé à sa poursuite. Les ruines d’une église, un puits, c’est là où le drame va se nouer et désormais entrer dans une phase irréversible.

La progression romanesque est claire, peu souligné par des dialogues ou alors par les mots qu’il faut. On suit de page en page comment l’enfant qui souffrait va devenir lui aussi un homme prêt à tuer. Il y a une montée en puissance qui coupe le souffle dans cette adaptation qui donne envie de lire le roman. Rey signe un travail très achevé, d’où l’émotion déborde. En fin d’ouvrage Javi Rey et Jesús Carrasco échangent dans un dialogue qui replace l’œuvre dans son contexte créatif. Une vraie réussite.

Intempérie, Aire Libre Dupuis, 18 €

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