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Les Notes rouges, jouer du piano c’est résister

Au moment même où les actes d’antisémitisme se multiplient, Les Notes rouges arrivent comme le rappel d’une réalité que trop nombreux sont ceux qui voudraient l’oublier. On pensera aussi à Anne Frank en lisant cet album de Nadia Nakhlé, la recherche désespéré d’une sœur dont le frère a disparu. Des enfants juifs dans un orphelinat. Une autre facette de ce que la nazisme a produit, des enfants arrachées aux leurs placés dans des familles aryennes, les Lebensborn. Anna est pianiste, revient dans sa ville natale à la recherche de son frère Dorian. Un parcours d’enfants qui ont traversé la nuit comme le dit l’autrice.

Pologne 1941, Anna écrit à son frère, lui donne rendez-vous. Elle confie sa lettre à Andrej qui est arrêté. Dorian ne viendra pas. 1957, Anne est une concertiste célèbre, compose, continue à écrire à son frère. Elle retourne dans la ville de leur enfance, se souvient de leurs jeux dans les bois sous la neige où ils font une partie de cache cache. En Pologne elle est accueillie par l’organisateur du concert qui est complet. Elle demande qu’on garde une place pour son frère. Elle ne supporte pas d’être là sans Dorian. Ils avaient un arbre magique ou Dorian a caché une boite avec ses trésors d’enfant, ses poèmes. Elle les retrouve, les lit, y glisse encore une lettre. Anna joue, pense à sa mère, revoit Andrej. Elle lui dit avoir composé les Lettres rouges pour Dorian à l’orphelinat. Andrej a tout fait pour les protéger de la déportation. Depuis lui-même pianiste il ne rejoue pas.

Tout va déraper et le destin de Dorian exceptionnel malgré tout. Anna va culpabiliser, on verra pourquoi. Mais elle aussi aura un destin que le hasard et sa volonté feront basculer. Les lettres d’Anna ponctuent le récit qui est d’une rare intensité dramatique. Être juif et mourir ou feindre et vivre ? L’autrice a rassemblé des faits véridiques dont ces milliers d’enfants aux yeux bleus, blonds volés à leurs familles pendant la guerre pour être assimilés dans des foyers allemands. Jouer c’est résister dit Anna. On est pris par le dessin proche de la peinture, le trait délicat et chargé d’émotion. Un album marquant.

Les Notes rouges, Éditions Delcourt, 27,95 €

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