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Stanley Greene, une vie à vif, sous le signe du photoreportage

Stanley Greene fait partie de cette élite qui a choisi pour sacerdoce le photoreportage, un art exigeant, mortel, pour chasseurs solitaires, journalistes qui parcourent le monde, sont sur tous les champs de batailles, là où l’actualité les porte ou pas, au grès de leur instinct de chasseurs d’images. Ils ont l’œil rivé dans le viseur de leur Leica ou autre Nikon. On connait Capa, Larry Burrows, McCullin, Huet, Caron, Ferrari, Camus et bien d’autres. Stanley Greene était, un des petits derniers parmi ces happy-fews de plus en plus rares qui ont vécu pour et avec leur passion, la photo qui témoigne, qui parle, plus forte que tout, qu’un article ou un film. Le photoreportage est essentiel pour connaître notre époque. Les conflits comme ceux d’Asie du Sud Est, période française ou américaine, ont été un des sommets en la matière. Stanley Greene, de la chute du mur de Berlin à la Tchétchénie, à Katrina, au Sud Soudan, le Liban, l’Ukraine, parcourt le monde de la fin du XXe siècle, les débuts du XXIe. Jean-David Morvan le suit à la trace, lui donne la parole scandée par ses clichés d’une force rare, d’une tristesse jamais désabusée. Tristan Fillaire lui donne vie, dans son premier album dont on peut dire qu’il est digne d’un grand auteur, direct, au trait précis, porteur d’émotion, parfait pour cet hommage qui prend aux tripes.

Il est à Berlin le 9 novembre 1989, un peu par hasard, celui qui sert les plus belles photos de reportage. Stanley Greene est né en 1949 à Brooklyn, sera un guitariste en herbe, un Black Panther actif, et tombera sous la dépendance exclusive de la photo. Mode, reportage, rock, il sera l’élève d’Eugène Smith, une gloire dans le genre à la fin des années 60. Un apprentissage difficile qui va remettre à l’heure toutes les idées préconçues de Greene. La mode lui ouvre ses studios à Paris en 1987. Il en a vite marre, tombe amoureux et passe à autre chose. Désormais, il va aller se balader là où ça fait mal. Berlin va être une étape essentielle pour Stanley Greene.

La peur sera sa compagne pendant les 68 années de sa vie. Écorché vif, il est le narrateur de sa vie qu’il brûle par tous les bouts, comme la plupart de ses confrères souvent sur le terrain, peut-être accablés par ce qu’ils voient, ce qu’ils figent sur la pellicule, la mort, leur mort qu’ils rencontrent ou frôlent. On ne revient jamais intact d’un reportage de guerre. L’album est un incontournable pour tout amoureux du photoreportage. Sa mise en page, les clichés les plus forts de Greene s’insèrent parmi les planches dessinées, accrochent le regard, montrent le pire pourtant souvent avec la beauté paradoxale de la violence. Le dessin de Fillaire est à sa place dans cette biographie d’un des grands de l’après-guerre froide, dans la lignée de ses pairs. L’agence Moor, dont Green a été l’un des fondateurs (lire l’article du Monde), va présenter une expo sur le photographe décédé en 2017.

Stanley Greene, Une vie à vif, Delcourt, 18,95 €

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