Rencontre : L’Or et le sang, le retour du Prince du Rif avec Fabien Nury et Merwan (2 et fin)

Suite de la rencontre avec Nury et Merwan pour le retour en octobre de L’Or et le sang chez Glénat. Du sang et des larmes pour la conclusion en forme de sacrifice de cette série d’aventures pendant la guerre du Rif. Fabien Nury sur une idée de Maurin Defrance signe le scénario. Le dessin est de Merwan et Fabien Bedouel. Cette guerre méconnue, au milieu des années trente au Maroc, annonçait la future décolonisation de l’empire français. Dossier publié dans ZOO de septembre. Texte : Jean-Laurent TRUC. Cette rencontre est publiée en deux volets sur ligneclaire.

Des personnages lumineux avec l’amitié en toile de fond

Fabien Nury et Merwan Chabane
Très sages et toujours « pros », Fabien Nury et Merwan Chabane. JLT ®

Merwam est associé à Bedouel sur L’Or et le sang. « Je dessine seul le trait définitif et Bedouel travail sur le story-board, sur la mise en scène, le rythme du récit. Par exemple dans la première séquence du tome 1, j’étais appliqué sur le jeu d’acteur. Ce n’est pas la peine d’en faire trop. Je suis habitué à servir des histoires, je reste toujours dans la narration. Au départ j’ai des fiches de quinze lignes sur chaque personnage. Je fais des recherches parfois je m’inspire d’acteurs. Exemple Ahmed, ami des deux héros, c’est en partie Akim du jeu Koh Lanta. On a travaillé aussi sur tous les détails du scénario, paysages, vêtements, véhicules. »

L'Or et le Sang Merwan s’implique avec bonheur dans son dessin : « Quand j’adhère à l’histoire je joue les personnages, j’y prend un grand plaisir ». Fabien Nury et Merwan ont donné vie à des personnages lumineux, pas vraiment hors normes, des types honnêtes, soudés par leur camaraderie des tranchées. Léon, le gros bras, prêt à tout pour de l’argent saura faire passer son amitié en premier. Calixte tombera amoureux d’une belle Rifaine, sera reconnu par ses pairs, devenu chef de guerre et aventurier. Il ira au bout de son destin d’homme libre avec sa peau au bout de ses idées.

L’Or et le sang a du punch et du souffle, de l’humour aussi un brin désabusé. La beauté du désert, lieu magique, amplifie le trait de Merwan, l’épopée de ce duo d’amis aventuriers, frères d’armes. Il y aussi du désespoir, celui d’hommes qui savent que leur combat, si il est pourtant juste, est perdu d’avance. Plus qu’une simple série d’aventure, L’Or et le sang s’inscrit dans le ton des Jünger, Kessel ou London, le refus de la médiocrité et de la facilité des grands personnages de légende.

L’Or et le sang, Tome 4, Khalil, 72 pages couleur, Glénat, 15,50 €

La guerre du Rif en résumé

Khalil La guerre du Rif débute en 1921, un conflit colonial qui sera écrasé par l’Espagne et la France. Pas question que le Maroc puisse revendiquer une indépendance même partielle. Le chef des Rifains Abdelkrim se lance dans une guerre de libération du monde musulman. Les Espagnols reculent et les Rifains finissent par attaquer les Français. L’alliance est immédiate et réplique avec, entre autre, l’utilisation de gaz asphyxiant. Abdelkrim capitule en 1926. Le Maroc ne sera indépendant qu’en 1956.

Pétain et Franco qui commanderont effectivement les troupes au Maroc contre les Rifains font de la figuration historique dans L’Or et le sang. Deux hommes qui deviendront dictateur pour l’un et chef d’un état français collaborationniste pour l’autre. Rien d’étonnant avec un passionné d’Histoire contemporaine comme Fabien Nury si la fiction colle autant à la réalité des faits.