Rencontre : L’Or et le sang, le retour du Prince du Rif avec Fabien Nury et Merwan (1)

L’Or et le sang revient en octobre chez Glénat. Du sang et des larmes pour la conclusion en forme de sacrifice de cette série d’aventures pendant la guerre du Rif. Fabien Nury sur une idée de Maurin Defrance signe le scénario. Le dessin est de Merwan et Fabien Bedouel. Cette guerre méconnue, au milieu des années trente au Maroc, annonçait la future décolonisation de l’empire français. Dossier publié dans ZOO de septembre. Texte : Jean-Laurent TRUC. Cette rencontre est publié en deux volets, la suite demain sur Ligne Claire.

Fabien Nury et Merwan Chabane
Fabien Nury et Merwan Chabane, duo complice et de talent. JLT ®

Les trois premiers tomes de l’Or et le Sang étaient sortis aux éditions 12Bis désormais dans le groupe Glénat. Le dernier tome, le quatrième, paraîtra donc sous ce label. Glénat croit en la série. Les trois premiers tomes seront réédités, nouvelles couvertures, exposition, cahier graphique et sortie simultanée de Khalil, le tome 4 le 1er octobre.

Retour sur image. Au départ pour Fabien Nury « l’idée était de montrer deux copains de guerre, celle de 14, incapables de se réinsérer comme beaucoup d’anciens combattants. Ils mettent au point un trafic d’armes en faveur de la rébellion des tribus rifaines. Elles vivaient dans les montagnes marocaines et se battaient contre les troupes espagnoles pour l’indépendance. La France et l’Espagne se partageaient le Maroc à l’époque. Mais tout s’accélère pour les deux héros, Léon le pragmatique, un peu truand, et Calixte le sentimental. Il finit par faire sienne la cause des Rifains bientôt engagés aussi contre la France. »

Panache et héroïsme

L'Or et le SangQuand Nury écrit son scénario il ne connaissait pas Merwan : « Merwan a dit oui sur le pitch de la série et a proposé de travailler à deux avec Bedouel. Bedouel a assuré le découpage, le story-board, pour coller au mieux avec le scénario. La période historique est très dense, riche en détails à reproduire. Merwan avait plusieurs projets à l’époque. Cela a permis de gagner du temps pour le rythme de parution qui s’est étalé sur cinq ans finalement. C’est une série dans laquelle je me suis beaucoup impliqué. »

Khalil, nom arabe pris par Calixte, est le titre de ce tome 4. Il clôt la série avec panache dans la fureur et l’héroïsme. On est en 1926. « Les grandes puissances, Espagne et France, s’unissent contre les Rifains. J’ai donné une vision simplifiée du jeu diplomatique. Calixte est devenu un chef de guerre rifain, s’est converti et va se battre contre les Français, par amour et conviction. Il est une sorte de prince du Rif. »

Il va donc faire un choix l’aventurier au grand cœur, honnête jusqu’à son dernier souffle, fidèle à son honneur et à ces Rifains qui le considèrent comme l’un des leurs. « Le film Il était une fois la révolution de Leone m’a inspiré pour cette saga. Un intellectuel et un paysan associés dans une guerre qui n’est pas vraiment la leur, ce sont Calixte et Léon. Léon a un bon fond même si sa soif de richesse peut le conduire à trahir ce qu’il a de plus cher. Mais il se rattrape. »

KhalilComme le dit Merwan « C’est Léon qui a embarqué son copain dans cette galère finalement sans se douter de la façon dont les choses allaient tourner. »

Nury joue toujours sur l’émotion dans ses histoires : « Dans le tome 4 j’ai encore plus travaillé sur les dialogues, leur contenu. Mais je refuse l’amour comme ressort principal, on le verra ». Merwan s’oblige « à avoir un dessin qui correspond au ton de l’histoire. J’adapte le vocabulaire graphique à l’ambiance. Je m’applique énormément sur le cadrage, le jeu des acteurs. »

Le dessinateur se veut très proche d’une vision cinématographique de ses planches « même si ce qu’on voit dans une BD serait très difficile à porter à l’écran. Calixte est un héros romantique et tragique. Il ne peut pas avoir une autre fin que celle qu’on découvre dans le tome 4. Il est touchant. Ses amis se sacrifieraient pour lui. A sa façon, Calixte va se sacrifier pour eux. C’est un mélange de Cyrano et de Père de Foucault. Dès le premier album on se doute de l’épilogue puisque le narrateur est Léon. » Mais toutes les options étaient possibles.

L’Or et le Sang, Tome 4, Khalil, Glénat, 15,50€

A suivre demain le deuxième volet de l’interview