Mamie Luger, Kéramidas et une drôle de centenaire flingueuse

Il y a du rififi dans l’air. Mamie Luger ne fait pas dans la demi-mesure. Nicolas Kéramidas a adapté le roman de Benoît Philippon. 102 ans la Mamie et elle a une manie même pas perverse de trucider les hommes de sa vie avec le Luger emprunté à un nazi malfaisant à la fin de la guerre. Un inspecteur, Ventura pas Lino, enquête sur la centenaire à la gâchette facile. Il ne va pas être déçu du voyage. Kéramidas a choisi d’adapter seul le polar. Dessin dans le ton et humour noir mais sans arrière-pensée. Pragmatique la Mamie. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC

Nicolas Keramidas
Nicolas Keramidas. Ville de Sérignan ®

 J‘ai lu le roman Mamie Luger par hasard avant de savoir que tu l’avais adapté en BB. Pourquoi cette adaptation ?

Cela ne le serait jamais venu à l’idée une adaptation. J’ai toujours trouvé ça vertigineux, je lai lu mais je ne m’imaginais pas que pour l’adapter il fallait le lire et le relire. Je m’étais dit que jamais je ne ferai ça. Jusqu’au jour où est j’ai lu Mamie Luger. C’est très visuel et je me suis projeté. Finalement je le trouvais simple à cerner. 24h de garde à vue de l’héroïne, la difficulté était de les retranscrire. On est sur 260 pages, il ne fallait pas lasser le lecteur.

C’est l’histoire d’une très vieille dame, 102 ans qui se retrouve en garde à vue avec une étiquette de tueuse en séria face à un flic Ventura qui veut qu’elle avoue. Elle annonce la couleur.

Elle s’en fout. Qu’est-ce qu’elle risque, la perpétuité à 102 ans ? Une rigolade. De plus il y a les flash-back qui sont géniaux. J’ai adoré la narration, les dialogues. Je me suis senti vite à l’aise dans cette adaptation.

C’est une première pour toi et donc ce n’est pas ta tasse de thé.

Surtout un polar que je pensais ne jamais faire. En fait je me suis dit pourquoi pas. L’envie est venue vite. Comme je connaissais un peu Benoît Philippon l’auteur, je voulais faire un truc dont il soit fier. On a monté un groupe WhatsApp pour échanger sur les planches. Libre à moi de l’écouter ou pas. J’adore son bouquin et quand j’ai terminé le premier tome il a dit que c’était l’adaptation dont il ne pouvait que rêver. Je suis parti sur trois tomes. J’aurais aimé un gros bouquin, on est très vite à 240 pages et le risque d’être catalogué roman graphique. Avec du positif et du négatif. Au final il y avait matière de quoi faire trois tomes. J’ai fait tout le story-board. Je suis à 260 pages. On affinera. Il fallait que je vois comment tout fonctionnait, un logique d’enchaînement des scènes. Le découpage est validé. Il y a la finition qui reste.

C’est l’histoire d’une vieille dame au demeurant charmante, portée sur la gaudriole et qui élimine sans états d’âme tous les mecs qui la gonflent. Le deuxième héros c’est le Luger pris au « boche ». Le couple est diabolique.

Oui et ce qui se passe dans les faits on peut dire que c’est un monstre, violent mais on se rend compte qu’elle ne flingue que des méchants. Elle le fait et j’adore au final que le flic au début sans pitié finit par être séduit, s’attendrit. On l’aime bien et on a envie de la soutenir. C’est mal mais elle a raison et la façon de raconter de l’auteur est classe entre Audiard et San Antonio.

J’ai beaucoup pensé à San Antonio et Frédéric Dard dans le texte.

Quand je l’ai lu j’ai trouvé qu’il n’y avait rien à enlever, pas toucher aux dialogues. Mon interprétation. On verra ce qu’elle donne.

Compliquée comme adaptation ?

Non, on s’est posé des questions sur le rendu. Le lecteur se fait une idée des personnages et on peut décevoir en adaptant. Certains vont aimer, d’autres pas. J’ai lu, relu et une troisième fois en prenant des notes, dates, personnages. Un journal parallèle pour ne rien oublier. Ensuite j’ai fait le story-board direct.

Tu travailles comment ?

Le story-board précis sur des carnets. Ensuite je le place dans un gabarit sur ordinateur, la typo, le tout au bon format. J’imprime et repart à main, encrage aussi. Les couleurs sont sur ordi.

Autre personnage sympa et atypique, c’est la grand-mère, Nana.

Elle est très importante, c’est le destin qui conditionne la Mamie, Nana, l’alcool, la cave. Elle part assez vite mais je me suis rendu compte que dans des films que j’adore comme Forrest Gump on vit avec un héros de sa naissance à sa mort. Il y avait ce côté très cosy, un huis-clos et un beau challenge. J’ai compris qu’on pouvait être dedans et en dehors du commissariat. Plus les flash-back.

102 ans et sans rien dévoiler elle va pouvoir avoir été une amoureuse sincère. C’est un caractère capable d’être tendre.

Elle aurait voulu avoir une vie normale, des enfants, sauf qu’il y a des périodes tournants, des imprévus.

La guerre, et le « boche » qui veut la violer.

Au final elle est souvent mal tombée mais elle est lucide. Elle aurait pu éviter la suite si elle n’avait pas commencé par le nazi. Donc elle ne croit plus en l’homme. Elle essaye quand même mais il n’a pas droit à l’erreur.

J’ai souvenir d’une héroïne de BD de ma tendre jeunesse Tartine Mariol, une vieille désabusée et terrifiante, déjantée. Un caractère.

C’est rigolo car il va y avoir Papi Mariole de Philippon. Une relation ? On fera peut-être d’autres choses avec Philippon mais pas pour l’instant. Ses autres romans sont plus classiques. On verra, une création. L’album sort le 13 mai et le second avant la fin de l’année.

Tu n’as pas été tenté que Ventura ait vraiment la tête de Lino ?

Je m’en suis un peu inspiré, j’ai regardé des photos mais pas totalement. Pas copie conforme et dans le bouquin elle joue dessus la Mamie.

D’autres livres en prévision ?

Un deuxième Picsou avec Jul. Le tome 2 de Mamie, le 2 de Picsou et le 3 de Mamie. En alternance. On s’est tellement éclaté avec Picsou et on devrait d’après Jul en faire un tous les deux ans. Tout va dépendre aussi des réactions des lecteurs pour Mamie. J’adore l’idée de passer de l’un à l’autre. J’ai besoin de changer de style. Le polar n’est pas un genre qui me branche mais là on est sur autre chose.

Mamie Luger – Tome 1, 80 pages, Casterman, 18,00 €

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Votez !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*