Un duo chez Azimuts à Montpellier le samedi 18 octobre avec Lukino et Dominique Mermoux au deuxième étage de la librairie. On y parlera à partir de 15h30 de Corneille qui aurait pu être le nègre de Molière mais aussi d’agriculture industrielle. Nourrir l’esprit, le corps, deux thèmes qui pourraient bien se compléter, dépendant l’un de l’autre.
Lukino le montpelliérain a écrit et mis en images l’un des plus atypique et excellent albums de ce deuxième semestre 2025. Avec Le contrat Corneille – Molière édité aux Impressions nouvelles il promène ses lecteurs dans une plongée en apnée au sein de la France littéraire du XVIIe siècle. Après le XIXe siècle avec Alfred Nobel, le XXe avec Léo Ferré, Lukino s’attaque au XVIIe siècle en retraçant une controverse très tôt apparue..
Corneille aurait-il écrit les pièces ou des pièces pour Molière ?
J »ai débuté ce roman graphique historique il y a dix ans. L’idée m’en était venue à la lecture du livre d’un universitaire grenoblois que je connais bien, Dominique Labbé. Il y était question des surprenantes relations entre ces deux monstres sacrés du théâtre français, leur oeuvre, et Corneille nègre de Molière.
Cela a été difficile se vous faire éditer ?
Editer oui. C’est quand j’ai fini l’album que j’ai eu un accord de l’éditeur. J’avais une promesse un peu vague de Benoit Peeters qui m’avait dit que c’était un projet qui méritait d’être édité par un poids-lourd. J’ai croisé Le Lombard et ils sont restés très vagues sur les raisons pour lesquelles il ne le prendrait pas comme les couleurs trop flashies.
Un éditeur est généralement plus précis en cas de refus.
Oui donc j’ai été surpris. Dans le jury du Prix Raymond Leblanc il y avait Le Lombard et Futuropolis, édité par l’un où l’autre à tour de rôle. On avait refusé l’édition de Dominique Labbé. En tant que créateur indépendant j’ai tout fait comme je le voulais. Une fois que j’ai eu ma bourse du CNL j’ai continué et déroulé mon histoire. C’est économiquement que c’est difficile. Je suis graphiste et illustrateur dans l’édition Jeunesse pendant 15 ans. Il faut que je travaille à côté et la BD vient en plus. Je travaille pour l’Idate comme client privé par exemple mais c’est austère comme boulot.
Autre chose, le plaisir de faire cet album était là bien sûr ? C’était votre idée mais un sujet compliqué, ambigu. On peut y croire sans le recul.
Tout à fait. Cela m’a semblé être une polémique qui n’est pas nouvelle. Elle date du début XX avec Pierre Louÿs en 1919 mais même à l’époque de Molière qui n’a jamais été invité à l’Académie Française. Dans tout le XIXe siècle on a construit le mythe Molière. Une figure que tous les mouvements se sont appropriés. Royalistes ou Révolutionnaires mais on connait peu de choses de Molière. Je suis convaincu sur la véracité du fond de mon histoire, que j’ai pour la BD imaginé du début à la fin. Il y a un faisceau d’indices concordants et l’ADN comparable de l’écriture entre Molière et Corneille.
On peut imaginer que Molière amène des histoires à Corneille qui les écrit. Quand on se plonge dans leurs vies ce n’est pas mon hypothèse. Je pense que Corneille ce sont ses thèmes dans la continuité de ce qu’il avait fait avant. Ce qui est indiscutable car non contesté c’est le fait que l’ADN des textes est celle de Corneille. En fait on n’ose pas toucher avec une main mise de Georges Forestier de la Sorbonne sur le sujet. Cela a fait peur. Il y a même eu des études russes avec d’autres méthodes qui aboutissaient au même résultat, Corneille a écrit pour Molière
C’est un serpent de mer ?
Oui il y a des Belges qui s’en sont occupés. Dominique Labbé a publié l’oeuvre la plus importante sur le sujet.
A mon avis depuis que Forestier a disparu on va pouvoir en reparler en rétablissant les faits. On a tellement appris Molière d’un côté, Corneille de l’autre que c’est une remise en cause énorme. On n’imagine pas jusqu’où cela peut aller. Dominique Labbé a été vilipendé par la Sorbonne, avec violence et cela a empêché la publication de travaux qu’il avait fait dont certain sur Racine. Il y avait la notion au XVIIe siècle de comédien poète comme Molière. Ils achetaient des pièces à des écrivains et les publiaient sous leur nom. Il y a un champ de recherches laissé en friche car on ne doit pas toucher à Molière. Prenez le cas Romain Gary et Emile Ajar, le logiciel ADN était formel corroboré par des aveux. Dominique Labbé avait trouvé par exemple que deux premiers ministres canadiens de bord opposé avait eu la même plume. Ils l’ont reconnu. On dit à la Sorbonne que au XVIIe siècle tout le monde écrivait de la même manière. Mais si vous prenait par exemple Racine et Corneille le corpus est incomparable. Racine lui a publié sous d’autres noms car son poste royal ne lui permettait pas d’écrire pour autre que le roi.
Il y a de l’humour dans votre BD. C’est une pièce de théâtre que vous avez écrite. On pourrait la jouer.
C’est un peu ça. J’ai eu il y a quelques jours quelqu’un qui fait du théâtre dans le Nord qui m’a demandé l’autorisation de prendre des éléments de ma BD pour monter une pièce. Et moi je m’étais dit que si le bouquin marchait, ensuite j’écrirai une pièce.
Cela ferait aussi un très bon film comme Ridicule.
J’adore le cinéma, ce serait formidable, tout dépendra du succès. La Presse avait déjà eu des échos de cette dualité Corneille-Molière, un sujet porteur.
Le Contrat Corneille-Molière, 160 pages, Les Impressions Nouvelles, 22 €
Autre invité chez Azimuts danbs un autre registre, Dominique Mermoux a signé le dessin du scénario du journaliste Hugo Clément pour Le Paradoxe de l’abondance (Dargaud) qui enquête sur l’industrialisation de l’agriculture et ses conséquences pour l’environnement et notre santé. Nous n’avons jamais produit autant de nourriture et, pourtant, nous sommes en train de détruire le fragile équilibre qui permet de nous nourrir. Sols surexploités, eaux dégradées, pollution chimique, qualité sacrifiée. L’abondance de nourriture repose aujourd’hui sur la destruction de la Nature, donc sur la disparition de nos moyens de subsistance. Quel paradoxe ! Le paradoxe de l’abondance est à la fois une investigation dans les coulisses de l’agro-industrie, une mise en perspective historique et un carnet de solutions. Hugo Clément identifie des pistes pour sortir de ce cercle vicieux et met en lumière des paysans qui nous montrent la voie pour construire un système alimentaire durable.
Mais Mermoux c’est aussi de nombreuses rencontres, chroniques avec ligneclaire.info. Par la force des choses, le film L’Invitation, L’Appel, ou Un jour il viendra frapper à ta porte avec Julien Frey, il a toujours su séduire et faire progresser son dessin.
Le Paradoxe de l’abondance, 160 pages, 22,95 €.
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