Vietnam Journal, good morning boys

Sacré Delirium, toujours du neuf, de la qualité, des retrouvailles, des découvertes. Cette fois on part au Vietnam mais avant que les touristes envahissent la Baie d’Halong. Les Français ont perdu leur guerre d’Indochine. Les Américains ont pris avec plaisir la place. Années soixante, Kennedy a mis un doigt dans un engrenage qui sera fatal à quelques dizaines de milliers de GI’s et à près de trois millions de Vietnamiens. Au total, avec ensuite le président Johnson, 8 millions de tonnes de bombes tomberont sur le sol vietnamien, le double de ce qui avait été largué sur l’Allemagne jusqu’à 1945. Elle semble bien loin cette guerre perdue qui finira en 1975 avec son million de jeunes Américains qui sont allés s’y battre. C’est l’un d’eux qui signe Vietnam Journal, Don Lomax.

Vietnam JournalSon héros est un journaliste, un de ces types qui comme Capa en son temps mort en 1953 en Indochine française Pierre Schoendoerffer avec son reportage incroyable La Section Anderson en 67, Camus, Lartéguy, Larry Burrows, Henri Huet mort dans un hélicoptère abattu, Gilles Carron, Sean Flynn disparu et tué au Cambodge, étaient vraiment en première ligne, pas en tournage surveillé bien loin du front. Un reporter de guerre celui qu’on surnomme Journal, va raconter ce que vivent les « boys » dans les rizières ou les tranchées, paumés dans une guerre qu’ils ne comprennent pas. Un premier volume qui va faire découvrir aux lecteurs français une série sans fioritures et bourrée d’émotion.

1967, Scott Neithammer arrive à Saïgon et prend le premier hélico pour Pleixu. Les journalistes à cette époque sont prioritaires. Un vol sous les balles pour ce reporter d’un grand titre new-yorkais. Un habitué des conflits meurtriers. Il aurait pu faire ses articles des bars de Saïgon avec des interviews de permissionnaires revenus du front. Il a choisi le contact, le front. Un gamin se fait descendre dans le camp sous ses yeux. Horrifié, il apostrophe le tireur qui lui montre le piège laissé par le jeune garçon sous un camion de munitions. Plus de règle. Pourquoi sont-ils là ? Pour défendre l’Asie contre le communisme, une histoire de dominos qui tombent les uns après les autres. Journal, surnom de Scott, va expliquer pourquoi il porte une vieille veste de treillis élimée. C’est une sorte de porte-bonheur que le hasard a transmis à plusieurs GI’s. Un poste paumé sera sa prochaine étape. Récupérer une patrouille attaquée, les hélicos, ces braves Huey dégustent. Un crash pour Journal qui se perd dans la jungle. Pas doué le journaleux et comment va-t-il s’en sortir ?

Vietnam Journal

Que des histoires « terrain » bien dessinées dans l’ensemble avec un vrai luxe de réalisme précoce pour le genre sur équipement, armement ou autre matériel. On est très proche de Platoon ou de Voyage au bout de l’enfer plus que des Bérets Verts. On plonge dans un univers sans héros, hostile, incompréhensible pour un Occidental. Il faut avoir parcouru diguettes, anciennes routes coloniales ou hauts-plateaux pour comprendre que, comme pour les Français qui pourtant eux avaient assimilé la guerre à mener, il ne pouvait y avoir de victoire au Vietnam. Reste ce Vietnam Journal avec ses fiches aussi de militaires US MIA, perdus en action. Un vrai reportage de papier avec sa part de romanesque mais avant tout d’authenticité et de guerre sans merci vue et vécue par Don Lomax au trait acéré.

Vietnam Journal, Delirium, 20 €