Les Dossiers Kennedy T1, on demande le père

Les Kennedy, une saga brillante mais maudite, celles d’hommes de pouvoirs au destin tragique. Le 6 juin prochain ce sera le 50e anniversaire de l’assassinat de Bob Kennedy en 1968 à Los Angeles. Il avait toutes les chances d’être élu président comme son frère John mort à Dallas en 1963. Ce sera ensuite le décès de John-John son fils dans un accident d’avion en juillet 1999 avec sa femme. Les Dossiers Kennedy d’Erik Varekamp au dessin et de Mick Peet au scénario démarre par l’histoire de celui qui a fondé la tribu et dont l’ambition sera sans bornes, le père, Joseph « Joe » Patrick Kennedy. Un opportuniste sans états d’âme, proche aussi bien de la maffia que des nazis quand, on va le voir, Roosevelt pour l’éloigner de Washington le nomme ambassadeur à Londres. Très longtemps, image Kennedy oblige dans les années soixante, on ne s’étendait pas sur les turpitudes diverses de ce brave Joseph. Mais petit à petit, et l’ouvrage premier tome de la série le montre, rien ne l’arrêtera vraiment, jouant après son échec la carte des ses fils dans la course à la Maison Blanche. Une histoire digne des meilleurs thrillers et pourtant vraie que les deux auteurs ont creusé et rendu accessible à tous, dévoilant une face obscure de ce qu’on a surnommé la cour de Camelot quand John Fitzgerald régnait sur la Maison Blanche.

Les Dossiers Kennedy2009, l’ex-sénateur Edward Kennedy est le dernier des fils de Joe senior. C’est son petit-neveu Joseph P. Kennedy III qui vient lui demander de lui raconter la saga du clan. Edward remonte en 1938 à Londres où Ribbentrop ambassadeur d’Hitler et futur ministre des Affaires étrangères apprend que c’est Joe Kennedy, millionnaire grâce à l’alcool, qui arrive comme nouvel ambassadeur américain nommé par Roosevelt. Histoire de l’éloigner d’une possible course à la Maison Blanche. Mais Kennedy est un homme d’affaires parfois obscures. Pacifiste, assez tenté par les idées nazis, il rejoint Chamberlain dans sa croisade pour la paix. Pas d’interventionnisme US en cas de conflit. Joe profite de son statut de célibataire provisoire, rencontre Churchill qu’il pense fini et se pavane à l’ambassade d’Allemagne. L’Autriche est envahie. Son épouse Rose et ses enfants le rejoignent à Londres. Kennedy est reçu par Georges VI. Il se rapproche des néo-nazis britanniques. Autre pion sur l’échiquier, Lindbergh qui rentre d’Allemagne. Kennedy finira par déraper.

Même si les auteurs ont dramatisé certaines situations ou faits, il n’en reste pas moins que Joe Kennedy a été un personnage ambigu et politiquement dans une mouvance d’extrême-droite notoire. Tenté par le fascisme, il faudra que Roosevelt le désarme en lui faisant miroiter un avenir politique pour son fils ainé Joe Jr qui sera abattu dans son bombardier pendant la guerre au-dessus de l’Allemagne. John sera le vrai politicien de la famille et comprendra vite comment accéder au pouvoir, un Macron avant la date finalement sur ce point seulement. On va croiser tout le gratin de l’époque, Marlène Dietrich, Wallis Simpson et son ex-roi de mari lui aussi proche de l’Allemagne nazie. On a en parallèle à la saga tous les évènements qui vont mener à la guerre. Un récit passionnant, bien maîtrisé et historique tout en étant romanesque. Le dossier qui clôture l’album replace précisément chacun des personnages dans son contexte. Un dessin clair qui est parfait pour le sujet.

Les Dossiers Kennedy, Tome 1, L’Homme qui voulait devenir président, Dargaud, 16,50 €

L'Homme qui voulait devenir président