Jean Dytar est un auteur rare, dans tous les sens du terme. Il offre un travail toujours très achevé malgré des chois difficiles. On l’avait déjà rencontré pour La Vision de Bacchus, aimé Les Petits Maîtres et Les Tableaux de l’ombre, Florida qui annonçait son dernier album Les Sentiers d’Anahuac. Dytar avec cette fois Romain Bertrand avec luin au scénario a une vision historique et ethnologique de ce que la BD peut apporter aux lecteurs. Il y a eu aussi l’excellent #J’accuse sur l’affaire Dreyfus. Avec Anahuac on part sur les traces de ce qui restait après l’invasion espagnole de la culture aztèque qu’ils allaient se faire un malin plaisir d’effacer. Bertrand a écrit avec une perfection, un sens de l’Histoire accessible à tous. Dytar met en musique dessinée cette somme qui émeut, étonne et apprend. Des cartes en ouverture de l’album permettent de localiser les lieux de cette aventure dont la voix off est celle du héros, Antonio qui va mener l’enquête sur l’histoire de son peuple.
Mexico en 1539, on brûle des chefs aztèques accusés de paganisme bien que s’étant convertis. Vingt ans après la prise de la ville par les Espagnols. Un petit garçon assiste à la scène et suit, un homme, un moine qui semble effaré. Il entrent dans une église. Le père Bernadino est contre ces exécutions. Comment peut-on croire qu’en si peu d’années le peuple aztèque allait oublier ses dieux ? Il voit le petit garçon qui parle espagnol et qu’il invite à la messe. Premier contact avec le catholicisme. Il le baptise dans la foulée. Il décide de le faire instruire, le mettre à l’école. Son nom est Antonio Valariano, on a changé leurs noms aztèques et on intègre les enfants pour leur transmettre une nouvelle culture en latin si possible. En reniant al leur. Ce qui ne plait pas aux Espagnols. Antonio voit les sentiers d’Anahuac, le monde de ses ancêtres se refermer derrière lui. Mais le père Bernadino veut au contraire apprendre, prendre sont temps, les comprendre. Accompagné d’un novice Juanito qui avec lui part à la recherches des racines aztèques, découvrent leurs pyramides, croisent leurs cérémonies tout en pratiquant la nouvelle religion. Le père a recueilli des récits d’anciens d’avant la conquête. On a beaucoup brûlé dont il faut réécrire ses souvenirs.Epidémies, il faut aller vite pour rencontrer les Aztèques les plus vieux.
Dytar a détourné si l’on peut dire des gravures du XVIe siècle, les a redessinées dans leur style et s’en sert en décors, y ajoute ses cases enrichies entre elles de textes. La composition graphique est remarquable appuyée sur un format large. Jeu de couleurs pour certains, noir et blanc, Antonio et Juanito sont eux-aussi des passeurs de relais, celui de la mémoire. Le bouquin se lit, se regarde, se découvre avec surprise. On se laisse envoûter, pris au piège de ce voyage dans l’oubli, cette enquête hors normes qui a duré 50 ans sur le codex dit de Florence, sur ce monde disparu grâce au père Bernadino et ses traducteurs indiens. Une vraie somme.
Les Sentiers d’Anahuac, 160 pages, Delcourt La Découverte, 34,95 €
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