Sangoma, saga sociale sur fond d’Apartheid

L’Afrique du Sud, Caryl Férey au scénario (Zulu) et Corentin Rouge au dessin (Rio) qui magnifie avec un talent toujours en mouvement une histoire familiale, une saga sur fond de pouvoirs qui changent de main, des traditions ancestrales dangereuses. Sans oublier l’Apartheid, un fond social et politique que Sangoma, les damnés de Cape Town met en exergue. Des communautés qui doivent vivre ensemble mais où s’opposent haine et rancœurs accumulés. Un policier très milite va se retrouver au milieu d’un sac de nœuds dont il n’a pas idée. Un thriller très riche, lourd en 150 pages, un Autant en emporte le vent moderne à la sud-africaine. Corentin Rouge maîtrise du début à la fin un scénario pas toujours évident à bien cadrer.

Les damnées de Cape Town

Une chasse à l’homme, des chiens qui coursent un Noir qui va être fouetté devant son fils et la jeune fille blanche de son patron. On est encore sous le régime de l’Apartheid en Afrique du Sud (des dates auraient été utiles pour bien replacer l’époque). Vingt-cinq ans plus tard les ouvriers de la ferme viticole veulent une augmentation. Refus des patrons blancs face à Nelson qui a vu battre son père. Non loin de la propriété un bébé est enlevé. Au Parlement de Cape Town on travaille sur la redistribution des terres. Les propriétaires blancs ne veulent pas entendre parler et le président de l’assemblée Savela a du mal à se faire entendre. Pour lui l’Afrique du Sud devait être arc-en-ciel par noire et blanche. Dans un champ Sam est retrouvé mort et le flic qui va enquêter, Shepperd, a quelques secrets à cacher dans un pays où les politiques mènent la danse. Il est plus intéressé par la maîtresse du leader afrikaner d’extrême droite un pays aux tensions raciales encore frémissantes où certaines croyances restent vivaces et sanguinaires.

Le pavé est dense, mélange les causes et les effets avec hérédité, familles compliquées mais personnages de tête. Sur fond d’Histoire où rien n’est encore résolu sur bien des points, Sangoma joue sur pas mal de tableaux. Avec en prime une dose d’espoir vers une réconciliation un jour ou l’autre. Du sérieux en tout point.

Sangoma, Les damnées de Cape Town, Glénat, 25 €

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