
Un nom, Guantanamo, qui a une connotation très violente. Seule base US implantée à Cuba c’est en prime un pénitentier qui vu sa situation ne bénéficie pas des lois fédérales US. Il est revenu sur le devant de la scène après le 11 septembre. C’est donc là que les Etats-Unis enferment les terroristes. Avec le Lion de Guantanamo, Clément Xavier au scénario (avec François Missen qui a été le vrai modèle, seul confrère a avoir le Pulitzer et l’Albert-Londres) et Lisa Lugrin au dessin (Waco horror), avec humour, revisitent le Cuba de Castro et ses obsèques dont le tracé va poser quelques problèmes diplomatiques. Et offrir des scoops à François Bullit, reporter de haut niveau mais vieillissant.

2016, l’ouragan Mathew déferle sur les Caraïbes dont Cuba. Mais l’histoire commence avant. François Bullit journaliste rompu à tous les coups difficiles a un scoop. Il attend une jeune femme, Nikita pigiste dans un petit quotidien. Il a 84 ans et aime le rhum cubain si possible et Nikita a un projet d’article sur lui. Il a eu le prix Albert Londres remis par Kessel, le Pulitzer pour un reportage sur la French Connection. L’AFP le rappelle. Bullit aurait la possibilité d’interviewer Castro qui est dans un sale état. Il va depuis 50 ans à Cuba mais il faut aller vite, l’interview est prévue le samedi prochain. Sauf qu’il faut payer son voyage. Il parle de son métier qui a beaucoup change avec Nikita mais la Presse est désormais entre mes mains d’une poignée de milliardaires, plus de grands reportages, on parle sur les plateaux. L’ancien journaliste qui a commencé comme correcteur à La Provence propose à Nikita de l’embarquer dans l’aventure. C’est elle qui va négocier avec l’AFP et récupère deux billets mais cela lui a coûté son job de pigiste. Envol du duo, Nikita s’instruit dans l’avion sur la montée au pouvoir de Fidel Castro. Le duo infernal arrive quand on annonce la mort de Fidel. Mais tout n’est peut-être pas perdu.

Passionnant déjà pour la remise en perspective de Cuba sous emprise de la Mafia, de Batista, des Américains puis de Castro qui va résister, rejeter l’invasion de la baie des Cochons et flirter avec la guerre mondiale à cause des fusées nucléaires soviétiques qu’il accepte sur son île. On essaye de le tuer très souvent mais impossible. Sur la vie aussi au quotidien à Cuba où la pauvreté règne. Amusant donc que Fidel ait choisi que ses cendres passent devant Guantanamo concession depuis 1902 aux USA, une location perpétuelle. Un signe secret contre l’hégémonie US. Personne ne le sait et l’espoir du scoop renait pour François. Va falloir être doué pour contrer tous les journalistes qui débarquent. Et si en plus le Che était vivant ? Un lion qui fait la malle. N’en jetez plus, les unes vont souffrir. Une intrigue savoureuse, bien montée et riche en enseignements.
Le Lion de Guantanamo, 208 pages, Delcourt, 24,50 €

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