Le Frère de Göring, diable ou pas ?

On n’est pas toujours responsable des membres de sa famille. Surtout quand on est le frère d’un des plus grands criminels de guerre, un nazi bon teint, le maréchal du Reich Hermann Göring. Difficile de se faire passer pour un champion des libertés individuelles alors qu’en 1945 on a non seulement découvert en direct les camps de la mort, que la guerre a fait des millions de morts et que tout Allemand moyen se déclare anti-nazi. Et pourtant le frère d’Hermann, Albert Göring, se dit un protecteur des faibles et des opprimés. Vrai ou faux ? Avec le premier tome du diptyque que lui consacrent Arnaud Le Gouëfflec et Steven Lejeune, on découvre que finalement le diable peut avoir un frère archange.

Le Frère de Göring 9 mai 1945, Albert Göring se livre aux troupes américaines. Cinq jours plus tôt on a arrêté son frère Hermann, Feldmarshall, patron de la Luftwaffe, et dauphin d’Hitler même si il l’a laissé tomber à la fin. Un nazi pur et dur Hermann qui va être jugé à Nuremberg. Pour Albert c’est une autre histoire. Issu tous les deux d’une grande famille, ils ont été élevés par leur parrain le chevalier Epenstein alors que leur père est malade. Albert pourrait bien être son fils. L’officier US qui l’interroge ne croit pas un mot de ce qu’Albert lui dit. Le temps est aux mensonges, nier leur nazisme est le nouveau jeu des Allemands. L’enfance d’Hermann et d’Albert n’a pas été simple. Hermann intègre l’armée, devient pilote et un as de la chasse allemande en 14. Un héros qui n’accepte pas la défaite alors que son frère a passé la guerre dans les tranchées, blessés deux fois. Herman après des années tumultueuses rencontre sa future femme Carin et se rapproche du parti nazi, séduit par Hitler dont il devient un fidèle. Albert, lui, comprend les dangers du NSDAP et part en Autriche, travaille dans le cinéma mais renoue avec son frère qui essaye de lui faire comprendre les bienfaits du parti. Dans la rue, Albert s’oppose plusieurs fois aux nazis. Son nom est un sauf-conduit.

On sent bien dans le récit les doutes qu’ont les Américains en 1945. Albert est-il un homme courageux qui s’est servi de son frère pour en fait sauver des Juifs, résister, ou a-t-il une part d’ombre qui dissimulerait ses allégations ? C’est à cette enquête que se livre les auteurs alors qu’on sait aujourd’hui qu’Albert Göring a été un type bien. Comme il l’a pu il s’est battu contre le nazisme et son frère qui l’a quand même protégé. Sinon, Göring ou pas, il aurait fini au mieux dans un camp. Le Gouëfflec a choisi un personnage méconnu qui mérite le détour. Le dessin manque parfois de force et de précision. Albert Göring était un honnête homme. Mais l’histoire n’est pas finie.

Le Frère de Göring, Tome 1, L’Ogre et le chevalier, Glénat, 13,90 €

L'Ogre et le chevalier