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Le Château de mon père, Versailles dans tous ses états

On verra évidemment dans ce titre un clin d’œil à Pagnol, à son Château de ma mère et à la Gloire de mon père, ses souvenirs d’enfance inégalés. On pensera aussi au superbe film de Guitry, Si Versailles m’était compté, car c’est bien de ce château là qu’il est question dans l’ouvrage de Maïté Labat, Jean-Baptiste Véber au scénario, Stéphane Lemardelé au story bord avec Alexis Vitrebert au dessin. Versailles ressuscité, une histoire, hormis des spécialistes, totalement oubliée si ce n’est inconnue des millions de visiteurs qui se pressent dans ce haut-lieu du patrimoine français, et un homme, Pierre de Nolhac, qui en sera le sauveteur réanimateur. Autant dire qu’on suit sa trace avec étonnement, intérêt dans cet album en tout point remarquable qui dévoile les dessous les plus incroyables d’une résurrection qui aurait pu maintes fois mal se terminer.

Quand il débarque à Versailles en 1887 avec femme et enfants, Pierre de Nolhac ne sait pas encore qu’il va s’en faire une maîtresse exigeante. Il va avoir en charge les trésors du château, dans les greniers, peintures, mobilier et bien d’autres objets royaux. Mais dont il faut taire la présence car la France est républicaine. Pourtant Nolhac s’imprègne des lieux guidé par Eugène, pivot de cet édifice qu’il connait par cœur. Il va passer au crible l’histoire du château, visite les moindres recoins, se heurte à l’architecte Poisson. Mais il met en place un réseau parisien pour l’aider à peut-être remettre Versailles à la hauteur de ses fastes passés. Il écrit des ouvrages et ne désespère pas d’obtenir des crédits malgré des tensions dans son couple, la perte d’un enfant. Versailles s’est imposé sans vrai partage possible dans sa vie.

C’est presque un roman la vie de Pierre de Nolhac, avec ses hauts, ses bas, ses joies et ses peines. Son fils Henri est le narrateur. Il y aura aussi un rôle diplomatique avec la mère de Guillaume II qui vient en visite dans un lieu où les Allemands vainqueurs de 1871 avait proclamé la création de leur empire. En 1892 il en devient conservateur, a plus de pouvoirs et va faire sa révolution à Versailles, sort ses trésors des combles et fait une exposition. La suite se découvre, se déguste, s’apprécie sur un trait, des noirs et blancs que l’on adopte sans concession. Des anecdotes savoureuses, le dévouement et le sacrifice d’un seul homme auront raison de la désinvolture coupable des dirigeants. Si Versailles est le Versailles d’aujourd’hui, on peut en remercier en priorité Pierre de Nolhac qui quittera ses fonctions en 1920 et dirigera le Musée Jacquemart-André. Un dossier sur l’homme complète cette saga en fin d’album.

Le Château de mon père, Versailles ressuscité, La Boîte à Bulles et Château de Versailles, 24 €

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