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La Terre Verte, le remarquable et incomparable destin de Richard au Groenland

Il y a parfois des hasards en BD qui viennent se cogner à l’Histoire. La Terre Verte, album fleuve et grandiose de Alain Ayroles au scénario, Hervé Tanquerelle au dessin Isabelle Merlet, Jérôme Alvarez au dessin se passe au Groenland et commence en août 1492. Alors que Colomb de son côté découvre l’Amérique. Le Groenland avait été petitement colonisé par les Vikings qui en disparurent du jour au lendemain mais leur chef Erik le Rouge y aurait laissé un trésor. Bon tout ça pour dire, et c’est sans rapport mais une coïncidence, que Trump le diabolique piquerait bien le Groenland pour l’annexer aux USA. Etonnant non ? Cette aventure superbe, émouvante, pleine de furie et de bruit, d’amour et de trahison va rendre finalement les glaces aux ours blancs malgré un Richard III, pas le vrai mais celui de Shakespeare un tantinet dérangé, laid et méchant comme la peste qui voulait en faire son royaume. Tout un programme découpé en actes et scènes comme la pièce pour en assurer l’héritage. 

Août 1492, à bord de son navire Messire Richard prends des vagues à travers sa triste figure. Le soleil revient, l’évêque accompagnateur Don Mathias découvre des terres gelées et doit évangéliser le bon peuple dans la cathédrale de Gardar au Groenland. Richard grimpe au mât, la Terre Verte est en vue. Désolation, population misérable, un pauvre d’esprit Kraka et Richard le bossu dans son armure, une garde aux pauvres moyens commandée par une jeune femme. Elle promet qu’à Gardar la capitale on le recevra lui et ses hommes avec honneur. Le curé est colère et n’aime pas les femmes en arme. Mauvais souvenir avec une certaine Jeanne. Richard se dit désormais plus anglais du tout. Une longue route commence vers la cathédrale, minable chaumière et l’accueil des puissants locaux, Kolgrim et Thorgrim pas nets. Qui leur dit que le Groenland n’a pas de roi, terre libre ce qui tombe bien. Il y a eu une ère de prospérité mais terminée. Banquet, l’évêque est malade. Qu’est venu chercher Richard ? L’ivoire des morses ? Les prix s’effondrent. A y être on leur raconte l’histoire du pays, les Vikings, les colonies et leurs richesses d’autrefois, et un trésor ? Richard en est persuadé.

Pour le pays de cocagne, Richard repassera. Mais il faut bien s’adapter. La montée en puissance du récit est peaufiné. Hésitations de Richard , les locaux Skroelings, on n’est pas dans la comédie mais bien dans un drame dur où les religions s’affrontent, les sentiments sont noirs. Richard rentrerai volontiers mais l’évêque a compris sa soif de pouvoir. Tout est là comme dans Richard III. Dessin, textes, couleurs, il n’y a pas de faille dans cet ouvrage qui va faire date, merveilleusement mis en scène, découpé. Le destin de Richard dont on ne saura que tardivement les origines est celui d’un aventurier qui sera pris à son propre piège. Remarquable en tout point.

Le Terre Verte, Delcourt, 34,95 €

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