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La terre, le ciel, les corbeaux, odyssée au bout de l’espoir

Trois hommes que rien ne destinait, hormis la guerre, à se rencontrer un jour, un Allemand, un Russe, un Italien perdus dans l’immensité de la steppe en pleine seconde guerre mondiale, La terre, le ciel, les corbeaux aurait pu être écrit par Malaparte. Pour le pire et peu de meilleur, le trio qui ne se comprend pas ou mal, va faire cause commune contraint et forcé dans des conditions terrifiantes. Stefano Turconi au dessin et Teresa Radice au scénario (Le Port des marins perdus et Les Filles des marins perdus, Violette autour du monde) signent l’une des œuvres des plus prenantes, à la violence exacerbée mais tempérée aussi par une humanité qui va se dévoiler entre ses hommes dont le but théorique initial est de se massacrer. Le dessin, la matérialisation graphique de la barrière de la langue peu à peu franchie, les paysages, tout concourt à un grand moment de BD dont on ne peut sortir sans éprouver une vive émotion après avoir lu ces 200 pages à la fois glaçantes et brûlantes de vérité.

1943, la Mer Blanche en Russie, un camp de prisonniers et de travail pour Allemands, Italiens alliés du Reich venus se battre avec eux sur ordre de Mussolini. Un Italien décide de s’évader et suit un Allemand qu’il force à le laisser l’accompagner. Mais en fuyant, armés après avoir tué des sentinelles, ils tombent sur un autre soldat russe. L’Italien empêche l’Allemand de le tuer. Le coup de feu les ferait repérer. Le trio désormais inséparable va tenter de se comprendre. Vanja, Fuchs le renard et Attilio le narrateur vont mélanger les quelques mots qu’ils connaissent de la langue des autres. Direction en pleine neige vers le Sud en se racontant d’où ils viennent, la déroute. Attilio se souvient de sa jeunesse de contrebandier dans les Alpes mais les fugitifs ont les Russes à leurs trousses. Ils auront malgré tout de la chance et seront abrités par une famille russe où Vanja sera l’interprète.

La suite c’est une vraie odyssée, terrible et douloureuse, au fil des rencontres, des tentations meurtrières et du respect, voire de l’amitié qui va se construire, de l’espoir qui subsiste. Petits faits, retours en arrière, Attilio est le pivot du récit, il vit une renaissance difficile mais on aura une affection pour ce renard de Fuchs, dans un néant mortel, dans une fuite éperdue tel un gibier traqué. Stefano Turconi et Teresa Radice ont fait preuve d’un grand talent, graphique certes mais aussi littéraire, pour un récit parfaitement documenté, au réalisme incontournable. Un ouvrage à lire et relire.

La terre, le ciel, les corbeaux, Glénat, 25,50 €

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