Mouais, un patelin anonyme, rien en s’y passe et pourtant François Sauvage y vit ou y survit, aux rythme des jours qui inexorablement le conduisent vers le cimetière. Comme tout le onde sauf qu’il va en avoir marre Sauvage, bousculé par les circonstances et c’est ce que raconte avec une sincérité, une perspicacité et une émotion vive, Zabus au scénario et Nicoby au dessin (les auteurs du très bon Nos Rives partagées). Un coup au coeur et de coeur ce bonheur des hommes.
Des rues désertes, la neige, et un bar seul lieu de rencontre. Ah si, il y a aussi la maison de retraite. Et François qui habite Mouais, drôle de nom pour ce village qui va être le narrateur de cette peu banale tranche de vie. François Sauvage ne termine pas ses phrases et a un ami de toujours. Michel qui rêve d’ouvrir une salle de théâtre. Il la montre à François, lui parle de ses projets, en a marre de s’ennuyer dans la vie. Il n’en peux plus et demande à François de l’aider pour le théâtre. François accepte et laisse Michel. Une pluie d’oiseaux morts tombe autour de lui. Un phénomème rare mais possible. Le lendemain en faisant ses courses il apprend la mort de Michel tombé dans l’escalier. Quand frappe à la porte le prenant pour Michel une jeune femme Fanny qu’il avait embauchée pour six semaines d’ateliers de théâtre. François lui explique la situation et lui conseille de partir. Mais son vieux pote lui parle, fantôme qui lui assure qu’il finira sous terre comme lui sans jamais avoir rien vécu. Il doit empêcher Fanny de partir, ce que fait François de justesse. François, son boulot c’est démolir son ancienne usine désaffectée. Il doit joindre la fille de Michel pour les obsèques. Fanny est à l’EHPAD où elle va recueillir les histoires racontées par les pensionnaires. Avec humour et gentillesse. La démarche de Fanny c’est de glaner des morceaux de vie, les mettre en scène.
Une métamorphose ou une seconde naissance pour François qui si l’on peut dire va être touché par la grâce. La narration est une merveille, on se glisse aux côtés de François, de Michel, comme un personnage de la BD, on est un témoin qui vit au rythme de leur bonheur qui se construit. Il se livre François petit à petit, sa mère ou celle de cette femme qui lit le journal de la sienne , cloitrée au foyer, aux ambitions écrasées par une brute de mari. François découvre et vit vraiment. C’est quoi une vie qui mérite d’être vécue ? Une belle poésie insoupçonnée, se libérer d’un secret, il explose en vol François et cela lui fait du bien. Vincent Zabus parle de poésie sur le bitume en fin d’album, de théâtre de rue avec chaleur. Une belle bouffée de tendresse thérapie douce.
La Fragilité des hommes, 128 pages, Dargaud, 23 €
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