On en parle beaucoup ou au moins on en a parlé beaucoup. Le Glyphosate est le principe actif du Roundup, ce désherbant « miracle » qu’on a tous utilisé à nos échelles respectives. Il était le fer de lance de l’agriculture productiviste moderne. Classé cancérigène en 2015, on envisage de l’interdire en fait c’est tout le contraire. On lui donne en 2023 une nouvelle autorisation pour dix ans. Pourquoi ? Comment ? Qui tire les ficelles en occultant le risque sanitaire ? Aurore Gorius a enquêté, écrit le scénario de La Bataille du glyphosate et David Lopez est au dessin. Edifiant.

La Beauce en 1975, le grenier à grains de la France. On passe à la vitesse supérieure, on se sert de produits chimiques. Dont celui de Monsanto, firme US. Démarchage à domicile, convaincre de remplacer l’élevage par les céréales plus rentables et donc à protéger chimiquement. Début en Malaisie en 1970 avec les hévéas et au Royaume Uni pour le blé. Pubs matraquées, le Round Up incontournable. Des semences génétiquement modifiées pour résister au Round Up qu’on peut ainsi pulvériser sur les champs pour désherber. L’Europe naissante encourage le système avec sa politique agricole commune, la PAC. Après la guerre pour se remettre en ordre de marche les agriculteurs européens adoptent les méthodes américaines plus le plan Marshall qui aide à mécaniser et importer les intrants chimiques en Europe. La PAC pousse les exploitations à s’agrandir. Le glyphosate permet d’être compétitif. On ajoute un syndicat la FNSEA qui s’impose, défend le recours à la chimie. En 2017 on étudie d’autoriser à nouveau le glyphosate. Le gouvernement ne veut pas. Mais la sécurité alimentaire est sacrifiée par les agriculteurs qui associent leur survie au glyphosate. Le débat fait rage et Monsato attaque l’OMS, qualifie son travail de « pourri ». Dès 1983 le glyphosate est considéré comme un cancérigène possible. Pire qui provoque des malformations congénitales.

Ne pas se leurrer, tout le montre, le glyphosate est un danger et des solutions intermédiaires existent. Productivité, survie agricole, reculer pour mieux sauter, les lobbies sont très forts. Comme pour le tabac. Monsato est submergé par les procès. Racheté par Bayer il a payé plus de 11 milliards de dommages et intérêts. La prise de conscience prend de plus en plus forme. Qui aura le courage de remettre en cause les dix ans d’autorisation renouvelée ? C’est en fait la question de fond que les auteurs posent avec leur album très documenté, un pavé dans la mare et une enquête objective.
La Bataille du glyphosate, 152 pages, Steinkis, 24 €


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