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Les Gens de rien, le printemps de Marie

On avait rencontré, découvert Charles Masson en 2003 à Angoulême pour Soupe Froide. On l’avait suivi avec Les Boules Vitales et retrouvé à Montpellier chez Azimuts avec Droit du sol. Charles Masson est médecin, otorhino et cancérologue. Il a voyagé. Il est originaire de Lyon et y est retourné soigner les gens. Mais Masson a une seconde passion évidemment, la BD. En autodidacte, il s’est lancé, a décrit sa vie, ses envies, ses patients, leurs espoirs et les siens, leurs joies et ses peines. Avec Les Gens de rien, Charles Masson dont le trait a évolué, joliment muri en finesse, touche une fois de plus au cœur ses lecteurs et démarre une série. Marie sera la première héroïne. Elle sait qu’elle va mourir et pourtant le printemps qui arrive sera sa dernière joie à tout prix, celle d’une vie en solitaire, qu’elle a choisie mais aussi pas simple sur laquelle elle se retourne avec un brin de regret peut-être mais une force d’âme tranquille, sereine. Du Masson brut de décoffrage en toute sincère humanité pour se souvenir de Marie qui a été vraiment sa patiente.

Deux copines qui sont monitrices de colonie de vacances, Marie la calme et Louise l’exubérante. Elles habitent Lyon dans un quartier populaire et ont appris à nager dans le Rhône car pour être monitrices il faut savoir. Le directeur de la colo est un instituteur sérieux comme un Lyonnais et très tactile avec ses monitrices mais c’est la joie de vivre qui prime pour les deux copines avec des gamins et leur amitié en prime. Marie n’a aucune envie d’avoir une vie de famille. Sa famille, ce seront ses élèves. Elle sera institutrice. A l’automne de ses soixante-dix printemps, Marie consulte un ORL, lui raconte sa vie, ses choix de liberté mais aujourd’hui elle est malade. Cancer lui dit le médecin, sans appel. Marie a besoin d’un mois. Ensuite elle se fera soigner.

Le parcours est troublant de Marie, décidée. Elle refuse, nie la maladie mais tombe sur un patron, un prof bon et humain, pas une machine, la vieille école. La suite, Masson la raconte, chemin de croix mais où chacun donne tout ce qu’il a. Marie persiste et signe, voit les fleurs repousser, les arbres et leurs nouvelles feuilles. Marie a 20 ans. Allez, on passe, on est ému. Marie est finalement un exemple de courage, de bonté et de joie. Charles Masson a eu beaucoup de chance de la rencontrer, de la soigner et raison de nous la raconter, cette assoiffée de ce printemps où tout renait. Un album qui donne un sens à la vie.

Les Gens de rien, Tome 1, Jusqu’au printemps, Delcourt, 13,94 €

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