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Interview : Jordi Lafebre signe La Mondaine dont le tome 2 sort le 29 août

Un inspecteur débutant est muté à sa demande à la brigade Mondaine, Quai des Orfèvres. Aimé Louzeau a une vie compliquée. Sa mère le couve et son père est un prêtre défroqué devenu fou. En 1944, Louzeau revient sur sa vie de flic qui  a commencé en 1937. Une histoire très forte écrite par Zidrou et sur laquelle le dessinateur Jordi Lafebre revient alors que sort le 29 août le tome 2. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.

Jordi Lafebre, dessinateur de La Mondaine scénarisé par Zidrou chez Dargaud. JLT ®

Vous aviez déjà travaillé ensemble avec Zidrou sur Lydie.

Oui et c’est ce qui nous a donné envie de retravailler ensemble, de faire autre chose. Notre équipe marche bien.

Zidrou avec Louzeau, flic à la Mondaine, a voulu créer un nouvel univers ?

Tout à fait. Il a fait un vrai choix. Il voulait effectivement proposer un univers nouveau aux lecteurs, mettre en place son histoire. Ce n’est pas simple d’écrire un scénario novateur et commercial. La difficulté, et la bonne idée, a été de créer un monde dans lequel le héros, Louzeau, était un policier qui n’en n’était pas un au sens classique du terme.

Louzeau n’a pas eu une vie simple. On ne sait pas vraiment pourquoi il est devenu flic ?

On raconte sa vie. C’est un type sympathique qui essaye de s’en sortir. Il est pris en tenaille entre sa vie privée, sa vie intérieure et sociale. Il a du mal a assumer ce qu’il est, d’où il vient. Il cache son passé tout en voulant inconsciemment l’affronter. C’est lui qui a décidé de passer à la Mondaine.

Il  a vraiment envie de se heurter à la réalité, aux côtes assez noirs de la Brigade Mondaine ?

C’est la face cachée de Louzeau qui n’est pas un timide en fait. On va le découvrir petit à petit. Louzeau est un personnage à tiroir. Il va y avoir une montée en puissance dramatique. La Mondaine navigue dans un monde louche et glauque, c’est la police des mœurs.

L’histoire a été compliquée à gérer ?

Un défi, oui. Compliqué, non. C’est mon métier et une passion. Il fallait que je plonge dans cet univers, celui de l’avant-guerre, puis de l’Occupation, bien comprendre l’histoire et la rendre crédible pour le lecteur.

Vous parlez de la guerre. Au début, puis à la fin  du premier album Louzeau est dans une cave, en 1944 à Paris que les Anglais bombardent ?

La guerre va être une épreuve pour Louzeau. On le voit dans le second et dernier album. On est à Paris effectivement et il est dans la police. On sait ce qui s’est passé en 1942 avec la rafle du Vel d’Hiv.  Louzeau est désabusé en 1944. L’officier allemand avec qui il discute dans l’abri est le fil rouge des deux albums.

Il va avoir des choix à faire ?

Le choix peut aussi être de ne pas en faire dans une période comme la guerre. Est-on un lâche pour autant ? Mais Louzeau se cherche, se bat contre lui-même pour ne pas sombrer dans la folie. Il a un sentiment de culpabilité. Sa naissance a massacré la vie de son père, un prêtre, et de sa mère. Sans lui, la liaison de ses parents n’aurait pas eu les mêmes conséquences.

Louzeau aurait voulu être un chef indien ?

L’impossible rêve. Chaque lecteur aura sa propre interprétation. Pour moi c’est à ses yeux ce qu’il ne pourra jamais être, une utopie.

Pourquoi Zidrou à choisi la Mondaine et cette époque ?

L’époque, comme je vous l’ai dit, pour les choix dans les moments importants. La Mondaine pour essayer de comprendre où commence la pornographie. C’est quoi ? Il est confronté au pouvoir du service dans lequel il travaille qui peut monter des dossiers sur les vices des puissants, contrôler la prostitution. On ne juge pas un personnage. On le prend comme un ami, un fils. J’ai de l’affection pour lui.

Avec Zidrou, comment avez-vous fonctionné ?

La formule est celle du diptyque. On a discuté du rythme. J’ai visualisé son scénario, chercher les acteurs, fait le casting avec mon crayon. Le père, le prêtre défroqué, est peut-être le personnage le plus sympathique, le plus courageux. J’ai aussi une passion pour la seconde guerre mondiale. Avec Zidrou on travaille en toute confiance, dans la même direction. Moi je dois apporter quelque chose au livre par le dessin bien sûr mais aussi par le découpage. Je travaille sur du A3 et je fais mes couleurs sur ordinateur. J’ai été obligée de compulser une énorme documentation sur les années quarante.

On a décidé avec Zidrou de continuer à travailler ensemble mais on n’a encore fait de choix.

Vous avez un dessin très expressif, au trait accentué volontairement.

Oui mais je ne cherche pas la caricature en tant que telle. J’augmente la capacité réaliste par ce moyen. J’essaye de matérialiser toutes les facettes de l’être humain. Ce qui est primordial pour moi.

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