Le retour d’Eva Rojas, psychiatre déjantée et enquêtrice intuitive, c’est l’excellent Jordi Lafebre qui l’a mise au monde si l’on peut dire à Barcelone. Normal c’est là où il vit. Longiligne, clope au bec, cheveux blonds courts, jupette et c’est parti après Je suis leur silence, premier épisode de ses aventures. Cette fois dans Je suis un ange perdu, Eva toujours en mal d’une thérapie efficace pour elle, flanquée des fantômes féminins familiaux à qui elle parle, va avoir à mettre son petit nez charmant dans une affaire compliquée. Mais Jordi Lafebre maîtrise son excellent sujet.
Les voix sont toujours là. Même en haut d’une grue où Eva joue les funambules. Sur les quais de Barcelone l’inspectrice adjoint Merkel et Garcia autre fli découvrent un type planté dans le ciment. Seuls ses jambes en dépassent. IL y a un témoin et ce n’est pas gagné car c’est Eva Rojas. Pas vraiment copines les deux filles. Interrogatoire sous l’oeil des fantômes qui lui conseillent de faire profil bas. Le mort s’appellerait Riqui et elle l’a rencontré la veille. Un type au casier chargé. Elle ne parlera qu’à son propre psy, le docteur Llull de façon à ne pas s’emmêler les pinceaux. Direction son cabinet et discussion à plusieurs. Merkel plante le décor et lui demande si ce que raconte Eva est plausible. L’identité du cadavre est confirmé, c’est bien un truand. Eva au départ a été contacté par son club pour retrouver un jeune footballeur vedette de 19 ans Joao qui a disparu depuis 48h. Et ne veut pas parler de ses fantômes en présence de la police mais sait qu’elle est suspecte. Peu de jours avant elle a vu sa mère qui a deux cases au minimum en moins dans la tête. Elle est dans une maison spécialisée. Elle fait une paella en dessinant sous le regard d’une autre patiente qui voit des chats partout. Elle sait que Eva est visitée par des revenants comme elle et part en vrille. Retour voir sa copine de coeur et continue son récit, le footballeur qui ne vient pas à un. rendez-vous, le club qui la convoque et lui conseille de retrouver Joao. Elle commence à être inquiète Eva, rencontre l’entraineur de l’équipe. En sortant elle croise un type en noir qui lui fait penser à Gargamel. Elle se penche sur ses notes prises pendant les consultations de Joao.
Eva c’est la voix off du polar, elle sourit déjà un peu plus qu’avant, nerveux le faciès, une grimace, des mimiques désabusées à faire chialer un Saint-Bernard. Euphorie bi-polaire pour la psy Columbo qui a des vues sur l’adjoint de Merkel. Mignon le Garcia qui va lui parler d’un autre corps retrouvé quelques jours avant. Elle va ratisser large et Lafebre lui en rajoute des couches. Tout s’imbrique sur sur une semaine, les dialogues sont pétillants, le dessin est un bonheur d’humour et de réalisme parfois légèrement caricatural. Elle raconte aussi sa vie la psy que sa maman a laissé petite pour se faire interner. Cela laisse des traces et donc il y a aussi de l’émotion dans ce polar immanquablement tourné, mis en scène. Des fachos en prime et Gargamel. Les décors de Barcelone sont aussi partie prenante de la réussite de cette série qui se déguste comme un cafe con leche très bon bonbon espagnol. Jordi Lafebre a vraiment beaucoup de talent.
Je suis un ange perdu, 112 pages, Dargaud, 21,50 €
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