En lisant Jeeves de Bollée et Béja au dessin on ne peut s’empêcher de penser à François Rivière et Floc’h (avec entre autres Le Rendez-vous de Seven Oakks). Un album à l’ambiance délicieusement so british, on découvre les aventures d’un valet de chambre d’après PG Wodehouse sur un trait ligne claire bien cerné et un scénario qui se savoure. Dans des décors grand luxe on pense aussi au film Arsenic et vieilles dentelles de Capra avec Cary Grant qui aurait fait un Bertie parfait. Un petit chef d’oeuvre d’humour anglais tout en finesse cet album qui montre une société où chaque chose ou sentiment essaye d’être à sa place. Et se doit de l’être. Jeeves intervient régulièrement dans les romans de P. G. Wodehouse.

Londres l’été avant guerre, les années vingt, un jeune aristocrate fortuné, insouciant, Bertie Wooster a un valet de chambre haut de gamme, Jeeves. Une lettre de son cousin Eustache invite Bertie chez Lord Wickhammersley pour gagner un peu d’argent. Il y aura son ami Bingo. Un pari en fait l’attend. Dans la lettre il y a une liste de révérends et un titre, handicap de sermon. Qui fera le sermon en chaire le plus long ? Eustache a un frère Claude et sont selon Bernie les pires jumeaux de la Terre. Bernie et son valet prennent le train et arrivent pour diner. Il y a déjà une foule d’invités dont la charmante Lady Cynthia, plus jeune fille du Lord. Qui ne laisse pas indifférent Bingo. Il confie à Bertie qu’il en est amoureux fou et compte sur lui pour transmettre le message. Jeeves est une source constante d’informations pour Bertie. Calme et protecteur il évite tout soucis à son Lord. Les deux jumeaux lui indiquent les modalités du pari et au passage lui soutirent de l’argent pour jouer. Jeeves se propose de faire à Bertie un résumé sur la délicate situation. Et lui avec Cynthia se dit poursuivit par sa tante Agathe qui veut absolument qu’il se marrie.

Des pasteurs anglicans qui font des prêches fleuve, Bertie qui se laisse embarquer et dépasser par les évènements. Mais avec un flegme que Jeeves partage. Wodehouse est considéré comme l’un des plus grands auteurs humoristiques de langue anglaise et c’est vrai que son ironie est incisive en prime. On y ajoute un soupçon d’absurde et tout repose sur la qualité de l’écrit auquel le dessin a donné vie. On entend Bertie, Jeeves s’exprimer, parler et c’est en cela que l’album, l’adaptation du Grand Handicap du sermon qui a paru en 1922 est une réussite délectable dans le monde d’aujourd’hui qui n’a plus la moindre élégance, innée ou acquise. Sauf peut-être encore un peu dans les îles britanniques.
Jeeves, 80 pages dos toilé, Robinson, 20,99 €

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